Dans JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMÉE (co-écrit par Agnès de Sacy), Ounie Lecomte s’interroge sur la question de l’identité. Une thématique qui apparaît assez personnelle pour la réalisatrice. Enfant adoptée, la réalisatrice a quitté son pays natal, la Corée du sud, pour la France durant son enfance, avant d’aller renouer avec son pays et sa culture quelques années plus tard. Ce deuxième long-métrage d’Ounie Lecomte suit Elisa, une jeune femme kinésithérapeute à la recherche de sa mère biologique qui accoucha d’elle sous X (anonymement). Elisa décide de s’installer avec son fils à Dunkerque, ville où elle fut adoptée, dans l’espoir de trouver des informations sur cette fameuse mère, sur les raisons de son abandon et ainsi sur ses origines.

Derrière les idées souvent judicieuses et subtiles d’Ounie Lecomte, JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMÉE n’est pas toujours évident, ni accessible. En témoigne un décor étouffant et un certain manque de rythme. Des éléments issus d’une volonté tout à fait louable de la réalisatrice, en accord avec son sujet et son œuvre d’ensemble, mais qui laissent parfois avec un ressenti difficile à encaisser. Un léger regret donc, tant JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMÉE se montre intéressant et capable de moments notables.

Photo du film JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMEÉ

© Diaphana Distribution

Dans JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMÉE, la grande qualité de la réalisatrice se note dans le sentiment étrange qu’elle parvient à créer par rapport à son actrice principale. Si à la première image de Céline Sallette on reconnait son visage, la seconde nous la montre de dos, tandis qu’elle entame ses premiers dialogues. Seulement quelque chose nous fait dire que ce n’est pas Céline Sallette. Ce n’est pas sa voix semble-t-il. A croire qu’il s’agit d’une autre interprète. D’une jeune fille peut-être, encore nouvelle, porteuse d’une incertitude dans sa voix. On suppose un travail très particulier entre l’actrice et la réalisatrice pour trouver cette intonation et ce timbre de voix si particuliers. Preuve du talent inestimable de Céline Sallette après l’apparition, enfin, de son visage.

Passée cette première séquence au cours de laquelle son personnage d’Elisa tente de retrouver la trace de sa mère biologique mais doit faire face à une administration impuissante – sa mère refusant que son nom ne soit dévoilé -, nous voilà transporté 6 mois plus tard à Dunkerque. L’aura de petite fille qui se dégageait de Céline Sallette a laissé la place à une femme et une mère – en soutien-gorge, remettant son chemisier avant qu’apparaisse un enfant, son fils. L’essence même de JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMÉE réside alors dans ces petits détails qui se dégagent de la réalisation d’Ounie Lecomte. Des éléments qui permettent de construire de manière subtile la psychologie de ses personnages et de les rendre d’autant plus sensibles.

« L’essence même de JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMÉE réside dans les petits détails de la réalisation d’Ounie Lecomte. »

Dès lors le ressenti provoqué sur le spectateur se révèle particulièrement intéressant. Cherchant lui-même ses repères face à ce personnage à la recherche de son identité. Une identité mise à mal autant pour Elisa que pour son entourage. Étant, elle, dans l’inconnu, c’est également son fils, Noé (l’excellent Elyes Aguis, déjà bluffant dans Le Passé), qui est perturbé par ses origines. Le teint mat, les cheveux frisés, il ne semble pas correspondre au physique de sa mère (Céline Salette donc) ni de son père (Louis-Do de Lencquesaing), laissant ainsi supposer à une adoption. La vérité sera ailleurs. De même, le travail identitaire passera au travers d’Annette (Anne Benoit), la mère biologique d’Elisa. Allant la voir pour des séances de kinésithérapie, n’osant pas lui avouer qui elle est, culpabilisant après tant d’années. Le besoin de renouer avec sa fille, de lui demander pardon, devient particulièrement émouvant au cours d’une séquence où, à l’issue d’une manipulation d’Elisa, Annette se voit placée en position fœtale et enlacée par sa fille.

Une symbolique forte – autour de la rencontre par le corps et le toucher notamment – que maîtrise la réalisatrice. Prenant le temps (parfois trop) de tisser leurs liens, de les faire évoluer et cela même physiquement. Parvenant sur un dernier plan à créer une ressemblance troublante entre les deux actrices – à laquelle on ne sait si elle est naturelle ou dû à notre esprit influencé -, Ounie Lecomte offre une œuvre, non pas exempte de certains défauts, mais en tout point touchante et déchirante.

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

LES AUTRES SORTIES DU 6 JANVIER 2016
Les Huit salopards, La Fille du patron, Mistress America, Arrêtez-moi là, Early Winter, Toto et ses soeurs, etc.
INFORMATIONS

Affiche du film JE VOUS SOUHAITE D’ÊTRE FOLLEMENT AIMEÉ

Titre original : Je vous souhaite d’être follement aimée
Réalisation : Ounie Lecomte
Scénario : Ounie Lecomte, Agnès De Sacy
Acteurs principaux : Céline Sallette, Anne Benoit, Elyes Aguis
Pays d’origine : France
Sortie : 6 janvier 2016
Durée : 1h40min
Distributeur : Diaphana Distribution
Synopsis : Elisa, kinésithérapeute, part s’installer avec son jeune fils, Noé, à Dunkerque, ville où elle est née sous X. Quelques mois plus tôt, elle y a entrepris des recherches sur sa mère biologique, mais cette femme a refusé de dévoiler son identité. À la recherche d’une mère inconnue, de son passé et de leur histoire, Élisa ne renonce pas et veut comprendre… Le hasard va bouleverser ses attentes…

BANDE-ANNONCE