La particularité de L’indomptée est de situer l’intrigue au cœur de l’illustre Villa Médicis à Rome, ce qui en fait son originalité mais aussi son point faible.

Qui ne connaît pas la Villa Médicis et les enjeux de ce lieu d’art chargé d’histoire, risque de passer à côté des différents niveaux de lecture offerts par le film. La réalisatrice (rencontrée au Festival du Film Francophone d’Angoulême) y a elle-même été pensionnaire en 2011 et en est tombée amoureuse. Logée dans l’un des pavillons réservés aux artistes, elle a travaillé une année sur un recueil de rêves de l’écrivaine Elsa Morante et la relation amoureuse et conflictuelle qu’elle entretenait avec l’écrivain Alberto Moravia. Caroline Deruas poursuit son projet avec L’INDOMPTÉE et explore trois thématiques qui lui sont chères : le rêve à la frontière du réel et de l’imaginaire, le processus de création et la cohabitation d’un couple d’écrivains. L'INDOMPTÉE

Regrettant qu’aucune œuvre ne lui ait encore été entièrement consacrée, malgré quelques scènes de Habemus Papam ou de La Grande Bellezza, Caroline Deruas a obtenu l’autorisation de filmer dans la Villa Médicis. La réalisatrice offre au film un aspect avant tout documentaire et revendique totalement le droit au plaisir de la beauté de ce lieu ô combien mythique et solennel : une pièce parfois inaccessible au public, des peintures aux plafonds, le mobilier d’époque ou les diverses œuvres d’art et statues. Chaque étape, depuis l’accès au concours prestigieux jusqu’à la présentation du projet final du pensionnaire, fait ainsi partie intégrante du scénario. La caméra suit Camille (), fil rouge du film, qui s’installe avec son mari Marc (Tchéky Karyo) célèbre écrivain plus âgé et son jeune fils. Camille se lie d’amitié avec la jeune photographe Axèle () – les deux actrices tournaient déjà ensemble dans Les Revenants. La réalisatrice oppose Camille, timide et complexée, à Axèle dont l’attitude est plutôt désinhibée. Elle oppose également les deux artistes : l’écrivain plus introvertie à la photographe plus expansive, l’art de l’écriture plus intime et intérieur à celui de la photographie plus démonstratif.

[bctt tweet= »« L’Indomptée un film de faux-semblants, dans lequel la réalisatrice se joue du spectateur » » username= »LeBlogDuCinema »]

Car L’INDOMPTÉE est avant tout un film sur le processus de création, depuis l’éclosion de l’idée jusqu’à la poursuite du projet. La réalisatrice décrit subtilement les difficultés que Camille éprouve à se concentrer, à développer son idée de roman. Elle ne nous épargne rien de ses doutes à se sentir à la hauteur de la chance qui lui est donnée, ses renoncements, ses blocages d’inspiration. La réalisatrice met également très bien en exergue la saine émulation et l’enrichissement mutuel entre les artistes. Mais elle aborde aussi la concurrence qui s’exerce, y compris au sein du couple. Tchéky Karyo compose un mari jaloux et macho toxique, qui ne supporte pas de voir ce qu’est en train de vivre son épouse Camille. Une ambiance malsaine s’installe au sein de ce couple bancal, car tel un maître infantilisant, il a du mal à voir son épouse s’affranchir de son emprise intellectuelle et masculine. L’acteur dit avoir apporté son expérience personnelle à ce personnage désagréable qui souffre et provoque le désamour par crainte de perdre l’amour de sa jeune femme. Ces scènes de confrontation du couple sont plutôt réussies, opposant judicieusement dans l’espace et le temps le mari (à l’étage sur sa machine à écrire) et la jeune femme (au rez-de-chaussée sur l’ordinateur).

L'INDOMPTÉE

Mais L’INDOMPTÉE est surtout un film de faux-semblants, dans lequel la réalisatrice se joue du spectateur. Fantômes du Cardinal Médicis ou des pensionnaires du passé et fantasmes côtoient ainsi allègrement artistes et personnels de cette prison dorée. La réalisatrice s’est très bien saisie du mystère des lieux et de celui de ses deux actrices, et il faut attendre la toute fin, un peu décevante, pour démêler le vrai du faux. On reste d’ailleurs assez circonspect à propos des métaphores omniprésentes et des scènes nocturnes avec les statues. Enfin, le fait que la Villa Médicis soit un lieu culturel éminemment stratégique et politique, n’échappe pas au regard acéré de la réalisatrice, qui développe un point de vue intéressant quant à son avenir. Mais à vouloir trop bien faire en rendant un si bel hommage à la Villa Médicis, L’INDOMPTÉE a ouvert trop de pistes qui risquent de perdre le spectateur.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] L'INDOMPTÉE
Titre original : L'Indomptée
Réalisation : Caroline Deruas
Scénario : Caroline Deruas, Maud Ameline
Acteurs principaux : Clotilde Hesme, Jenna Thiam, Tchéky Karyo
Date de sortie :
Durée : 1h38min
4.0Note finale
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