Avec son quatrième film, Paul Thomas Anderson crée la surprise en abordant le genre de la comédie romantique. Voilà un registre dans lequel on ne l’attendait pas.

Le réalisateur californien marque un tournant dans sa carrière en osant se confronter pour la première fois à ce genre stéréotypé qu’est la comédie (avec talent évidemment) et dirige des acteurs avec lesquels il n’a pas l’habitude de tourner, mis à part Philip Seymour Hoffman, qui prend du galon au fur et à mesure. Avec un budget confortable de 25 millions de dollars, Punch-Drunk Love n’a pourtant rien de la comédie américaine classique, elle se rapproche même davantage du film d’auteur.

Véritable rupture dans sa filmographie, avec PUNCH-DRUNK LOVE Anderson délaisse le film choral et se focalise sur une histoire plus simple et moins chargée. Et ça se ressent dans la durée. On est bien loin des 3h04 éprouvantes (mais fabuleuses) de Magnolia. Avec ses 1h37, le cinéaste façonne une œuvre plus condensée et plus sincère, où l’émotion peut enfin prendre place. Une bouffée d’air revigorante et soignée. En mettant en scène la violence, l’emprisonnement, les personnages malchanceux, blessées ou esseulés, Paul Thomas Anderson ne s’écarte tout de même pas de ses thèmes de prédilection. Mais, il les distille ici avec parcimonie. L’histoire se concentre sur Barry, un trentenaire timide et complexé, passant le plus clair de son temps à collectionner les bons d’achat d’une marque de pudding. Depuis sa plus tendre enfance, il suffoque sous le poids de ses sept sangsues de sœurs, si bien qu’il n’a jamais pu faire sa vie, ni tomber amoureux. Jusqu’au jour où l’une d’entre elles lui organise un rendez-vous avec une troublante jeune femme se prénommant Lena…

© Columbia TriStar Films

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Si Hard Eight traitait de petits malfrats jouant au black-jack, Boogie Nights du milieu de la pornographie, Magnolia du destin de personnages « malsains » ou solitaires, PUNCH-DRUNK LOVE est une ode à l’optimisme. Le mystérieux harmonium, l’amour, l’envie d’évasion font de ce film une ballade poétique oscillant entre agressivité, folie et délicatesse. Si l’on compare avec ses précédentes oeuvres, ce petit bijou cinématographique est plus doux, plus radieux. Même si dans l’air des entrepôts plane un parfum de pessimisme, la mise en scène brute et l’image tirant sur le bleu préparent tout en finesse cette histoire d’amour naissante, dans un monde désabusé.

“Même si dans l’air des entrepôts plane un parfum de pessimisme, la mise en scène brute et l’image tirant sur le bleu préparent tout en finesse cette histoire d’amour naissante, dans un monde désabusé.”

Laissez de côté vos a priori sur Adam Sandler ! Le temps de ce film du moins… Crée sur-mesure, le rôle de Barry lui va comme un gant (pas comme son costume bleu mal taillé, qu’il s’entête de porter). En s’inspirant sans doute de Playtime de Jacques Tati, le réalisateur parvient à métamorphoser le comédien aux rôles lourdingues, en comique déprimé et sophistiqué. Menteur, maladroit, Barry souffre de son inexpérience et de sa peur de communiquer. Face à ces scènes, le spectateur est soit aussi mal à l’aise que lui, soit sa personnalité décalée fait esquisser un sourire. Les échanges avec Emily Watson (Lena) sont harmonieux, et l’histoire entre ces deux êtres est attachante.

© Columbia TriStar Films

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Filmé la plupart du temps en plan large, Barry est perdu dans un décor déshumanisé : l’entrepôt, les longs couloirs, les rayons du supermarché. Paul Thomas Anderson joue la carte de l’épure avec une mise en scène moins remarquable. Alors que l’on était habitué aux mouvements souples, les travellings ici sont raides. Notons tout de même la rareté des comédies aussi bien réalisées. Côte BO, toujours rien à redire. Efficace ! Celle-ci signée Jon Brion ne fait pas exception. Au beau milieu de cette fresque résonne cette rengaine mélodieuse « He needs me, he needs me, he needs me… » fredonnée par Shelley Duvall. De quoi ajouter un peu plus de magie à cette chronique amoureuse maladroite, mais merveilleuse. Si certain sont agacés par le style, personne ne contredira le talent du cinéaste. PUNCH-DRUNK LOVE est un véritable conte de fée. Atypique certes.

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[CRITIQUE] PUNCH-DRUNK LOVE
Titre original :Punch Drunk Love
Réalisation : Paul Thomas Anderson
Scénario : Paul Thomas Anderson
Acteurs principaux :Adam Sandler, Emily Watson, Philip Seymour Hoffman
Date de sortie : 22 janvier 2003
Durée : 1h37min
4.0Note finale
Mise en Scène
Scénario
Rythme
Casting
Photographie
Musique / Son
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