Un sentiment étrange se fait ressentir à la sortie de la projection de ROGUE ONE, premier spin-off de la saga Star Wars. Tous les ingrédients sont pourtant là, et on voudrait vraiment adorer le spectacle proposé. L’action est impressionnante, autant que l’aspect visuel. Mais quelque chose ne va pas. On ne peut s’empêcher de se dire que ROGUE ONE n’est peut-être « juste » qu’un spin-off. Capable de cocher les cases d’un cahier des charges précis, mais sans disposer de matière suffisante pour provoquer un réel engouement. Un film qui est loin d’être raté, mais dont on attendait davantage.

Pour rappel, ROGUE ONE est une sorte de prequel de l’épisode IV, Un Nouvel espoir (1977). Il raconte comment un groupe de rebelles est parvenu à dérober les plans de l’Etoile noire pour pouvoir la détruire. Une histoire qui permettait de développer davantage l’univers si riche de Star Wars. A ce niveau-là, le réalisateur Gareth Edwards se contente de peu et ne va pas au bout de ses possibilités. Un peu à la manière de Godzilla, son précédent film. Comme ce dernier, ROGUE ONE se traîne difficilement, sans rythme, en nous baladant d’un lieu à un autre, avant d’offrir une séquence finale épique. Dommage pour un film de plus de deux heures qui disposait de cet immense héritage qu’est Star Wars.

image de ROGUE ONE

A bien y regarder, les défauts sont nombreux dans ROGUE ONE. Sur des détails, comme le design de l’armure de Dark Vador, tout simplement ratée car trop brillante et qui fait un peu cheap. Ou sur des éléments d’ensemble, comme la composition musicale de Michael Giacchino qui s’entête à reproduire les premières notes de morceaux bien connus de la saga, avant de s’en séparer totalement, laissant alors le spectateur sur le carreau et agacé d’entendre ce qui ressemble à une contrefaçon des œuvres de John Williams.

Egalement, même si cela fait mal à dire tant on a d’affection pour Felicity Jones et les autres comédiens présents dans le film, il faut admettre un réel problème dans la direction des acteurs. Tous, ou presque, peinent à offrir une interprétation juste. On en est même mal à l’aise pour Forest Whitaker, qu’on a rarement vu jouer aussi mal. Son personnage, Saw Guerrera, s’en voit même bâclé en termes d’écriture. Il aurait pourtant pu être fort intéressant dans ce rôle d’extrémiste qui, avec le temps, a fini par devenir paranoïaque. Un trait de caractère qui n’aura aucune influence réelle sur le sort de nos héros, oublié même en une poignée de secondes. La faute donc, non pas aux interprètes, mais bien à Gareth Edwards et sa direction. Si tant est qu’il ait eu une réelle influence sur le film, certaines rumeurs évoquant la possibilité que le scénariste Tony Gilroy ait été choisi pour finir le film après le départ du réalisateur.

« L’action est impressionnante, autant que l’aspect visuel. Mais quelque chose ne va pas avec ROGUE ONE. »

Des problèmes de réalisation, il y en a donc bel et bien dans ROGUE ONE. Mais après tout, y-a-t-il un seul épisode de Star Wars sans défaut ? On se souvient par exemple à la fin de l’épisode III, La Revanche des Sith (2005), de cette scène d’accouchement de Padme, ou du cri ridicule de Dark Vador. Mais les films de la saga ont toujours réussi à maintenir dans leur ensemble quelque chose de merveilleux. A provoquer une sensation d’émerveillement du début à la fin, en nous faisant découvrir des mondes toujours variés. Cette sensation n’appairait pas totalement dans ROGUE ONE (à part dans le dernier acte très réussi). Gareth Edwards donne certes l’illusion d’aller en profondeur dans l’univers en nous baladant de planète en planète, mais sans jamais aller au bout des possibilités de découverte. N’utilisant finalement que très peu de décors et de lieux différents au sein de chaque planète.

image de ROGUE ONE

De Yavin IV, on ne verra rien de nouveau ; un hangar Rebelle et puis basta ! Sur les autres planètes, Jedha et Eadu, en somme plutôt basiques, il faudra se contenter successivement d’un coin de rue et d’ une base ennemie sous la pluie au milieu des roches. Bien qu’il y ait un certain plaisir à voir de nouvelles choses (notamment la planète Scarif et ses combats sur la plage), on reste frustré des limites imposées par (ou à) Edwards. On se souvient que George Lucas, avec par exemple La Menace fantôme (1999) nous dévoilait dès son premier acte une grande partie de la planète Naboo – avec différents plans dans la ville, dans le palais, le hangar, mais aussi les extérieurs avec les plaines et la cité sous-marine des Gungan. C’est peut-être à ce niveau que ROGUE ONE pêche le plus. Du moins par rapport à nos attentes. Car en préférant se concentrer sur des dialogues pour combler les trous, et sur ses personnages qu’il ne développe finalement pas tant que ça, le film ne parvient jamais à rendre ces décors vraiment marquants. On reste loin de lieux particuliers et fascinants comme La Cité des nuages de Bespin, les marais de Dagobah, ou les centres de clonage de Kamino.

image de ROGUE ONE

Bien sûr, ROGUE ONE n’est pas raté. Visuellement impressionnant, sa qualité est indéniable et dans la lignée de ce que proposait Le Réveil de la force. Les scènes d’action, elles, sont une grande réussite. Particulièrement la dernière grande séquence (on le répète, le troisième acte est grandiose) qui nous emporte dans une scène de guerre à trois niveaux. Qu’on soit placé aux côtés des soldats de la rébellion, ou au milieu des combats de vaisseaux spatiaux (dont les trajectoires nous laissent rêveur), on reste tout du long avec les yeux grands écarquillés. Un vrai spectacle conclu par Dark Vador de manière remarquable.

On notera également avec ROGUE ONE des choix scénaristiques intéressants. Comme la mise en avant de la Force par le biais de la croyance, la faisant apparaître pour la première fois comme une vraie religion, parfois même à la limite du fanatisme. ROGUE ONE questionne également l’attitude de l’Alliance rebelle, pas toujours irréprochable. Et le film parvient même à émouvoir (par la relation entre Jyn et son père) et à amuser (très bonne utilisation du droïde K-2SO qui n’en fait pas trop), ainsi qu’à réaliser une transition parfaite avec l’épisode IV. Mais c’est peut-être justement à cause de cette obligation d’atteindre un but déjà connu, que Gareth Edwards n’est pas parvenu à dépasser certaines limites. Il n’y a qu’à voir comment il bâcle les dernières scènes de ses personnages principaux, à la limite de s’en débarrasser, pour atteindre un but déjà connu. ROGUE ONE reste un blockbuster de bonne facture donc, mais tout de même mineur dans l’univers de Star Wars, dont les épisodes principaux, même avec tous leurs défauts, pouvaient jouir d’une histoire, de personnages et d’aventures bien plus mémorables.

Pierre Siclier

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