ne révolutionne pas la comédie. Convenue, elle arrive pourtant à charmer grâce à son énergie communicative. Et cette volonté sans limites de se servir des clichés LGBT+ pour provoquer le rire.

« Lâche-moi sale p*d* ! ». Les mots font mal. Signe d’une impulsivité mal controlée ou d’une réelle homophobie ? Peu importe, le couperet tombe vite suite à la polémique, légitime. Matthias, vice-champion du monde de natation, a l’obligation d’entrainer une équipe de waterpolo en vue des Gay Games qui se tiennent en Croatie. Lourde sanction pour le bonhomme : l’équipe est gay… surtout très gaie. Mais attention, « pas de levrette entre les crevettes ! ». Là encore les mots sont lâchés, c’est bien dans ce style-là que le film va naviguer pendant 1h40 et qu’il va trouver sa folle identité.

et ont réalisé une comédie qui mérite que l’on s’y intéresse au moins deux minutes. Certainement pas pour ses grosses ficelles scénaristiques dont on se serait bien passé (et qui gâchent certains effets !) et encore moins pour les rouages techniques faciles, mais bien pour cette volonté d’insuffler un bon gros vent de liberté. Et, malgré tout, pour sa subtilité qui se forme miraculeusement au sein de cette ambiance beauf et kitch.

Photo du film LES CREVETTES PAILLETÉES
LES CREVETTES PAILLETÉES, sorte de rencontre entre La Cage Aux Folles et Le Grand Bain, réserve quelques belles punchlines arc-en-ciel, assume les clichés pour mieux provoquer le rire. Et il y en a un paquet : le film sort carrément la palette des stéréotypes gays. Le mec chaud comme un lapin, le vieux qui s’est battu aux côtés de Act Up mais dépassé par la société d’aujourd’hui, le jeune à la découverte de sa sexualité, le tout nouveau papa ne trouvant pas sa place dans son cocon familial 100% masculin, le transgenre enfin épanoui, l’expulsé de la famille,… Le tout, dans un condensé de belles manières et de zézettes à l’air. Plus qu’une bande de personnes ouvertement gays, c’est une bande de copains encore adolescents dans leurs têtes que le film décrit. Riront à tire-larigot les plus ouverts d’esprits.

Notre champion de natation (), tout comme le public, suit les « crevettes pailletées » donc, dans leurs jeux, leurs exubérances et leurs faux-semblants. Malaise est de mise pour le personnage, il va bien falloir qu’il aille jusqu’au bout de sa mission pour que son regard change, à mesure que ses relations avec le travail et la famille se reconfigurent. Derrière la sanction, le poids médiatique est évidemment évoqué, tout autant que le poids des mots et de leur sens. Derrière les gamineries et les grivoiseries, ce sont plutôt les difficultés du quotidien qu’il faut entrevoir. L’un a beau aborder le sport comme une discipline rigoureuse, les autres comme une forme d’épanouissement personnel, il est ici un vecteur de rassemblement.

Photo du film LES CREVETTES PAILLETÉES

Tous ces thèmes ne sont pas nouveaux, ils sont même lassants (souvenons-nous de Champions, sorti en 2018, qui traite du handisport avec le même schéma narratif mais avec un résultat plus réussi), mais ce film aux mille maladresses arrive à tenir en équilibre aussi grâce à son énergie communicative. Énergie de se foutre du regard des autres, de faire exploser les codes d’une société trop ritualisée, de se choisir une identité enfin épanouissante, thèmes qui ont le mérite de questionner sur ce que veut dire « être un homme » lorsque virilité et hétérosexualité façonnent nos mondes.

Ce film reste cependant dans une clameur convenue de la différence. On regrettera que les personnes ne soient pas assez dessinés, la plupart d’entre eux ne dépassant pas le rôle de pitres maniérés. Alors que d’autres, plus intéressants, restent sous-exploités, ou mal. La raison est bien simple, celle de ne pas se plonger dans un pur film revendicatif mais de livrer, avant tout, une comédie populaire où l’on doit rire de tout… Tout en exploitant un thème récurrent du genre, la tolérance et le vivre-ensemble.

Yohann Sed

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LES CREVETTES PAILLETÉES, blagues arc-en-ciel - Critique
Titre original : Les Crevettes Pailletées
Réalisation : Maxime Govare, Cédric Le Gallo
Scénario : Maxime Govare, Cédric Le Gallo
Acteurs principaux : Nicolas Cob, ,
Date de sortie :
Durée : 1h40min
3.5multicolore
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