THE FLORIDA PROJECT dresse, tout en couleurs, le portrait d’une société précaire qui tente de joindre les deux bouts. Coloré, déchirant et brillant.

Au Magic Castle Motel, ce ne sont pas les stars des films d’animation Disney que l’on peut rencontrer mais des personnages hauts en couleurs et à la fraîcheur communicative. À quelques kilomètres du géant Disney World, la population précaire de la Floride vit dans les hôtels colorés mais bon marché de la banlieue d’Orlando. Une situation alarmante que le géant du divertissement ne cesse d’alimenter.Photo du film THE FLORIDA PROJECTMalgré un contexte difficile dû à l’extrême pauvreté des habitants de ces motels colorés aux iconographies et noms qui font penser au géant aux grandes oreilles, Sean Baker filme ses personnages avec dignité, respect et amitié. Un regard essentiel qui permet de dresser le portrait d’une Amérique profondément précaire mais également celui de personnages authentiques et terriblement attachants. Pas étonnant lorsque l’on sait que les acteur.rice.s du long-métrage ont été engagé.e.s sur place ou sur les réseaux sociaux, excepté pour Willem Dafoe, qui incarne un gérant de motel bougon mais captivant. Une façon de faire que Sean Baker avait déjà mis en place pour son très acclamé Tangerine, où trois ami.e.s vivaient dans le Hollywood qui n’est pas décrit sur les cartes postales. Une nouvelle façon donc de rendre la parole à l’Amérique des laissés-pour-compte.

“Bien que nous ne voyons jamais le parc, ses extravagances sont toujours là et les personnages en sont toujours à la limite.”

De ce projet, né il y a quelques années lors d’un voyage mené par Chris Bergoch, le co-scénariste du film, Sean Baker en a fait un film nuancé et aux visions multiples. Le long-métrage se concentre sur une petite fille de six ans, Moonee, qui vit avec sa mère, Halley, tout juste 22 ans. Nos yeux se posent tout de suite sur cette petite fille, ou plutôt ils suivent cette petite au caractère bien trempé, à la limite de l’insolence et toujours prête à faire, avec ses deux copains de jeu, les 400 coups. On passe alors très vite de décors en décors, un peu comme on pourrait le faire dans un parc à thèmes, où Moonee guide la caméra à travers les façades des glaciers et autres boutiques qui arborent fièrement des noms se terminant en Land, faisant directement référence à ceux que l’on peut trouver chez l’ami Mickey : Fantasyland, Frontierland ou encore Discoveryland. D’ailleurs, bien que nous ne voyons jamais le parc, ses extravagances sont toujours là et les personnages en sont toujours à la limite comme le montre la joyeuse et touchante scène du feu d’artifices.

Suivre ces enfants sans peurs permet non seulement au réalisateur new-yorkais de ne pas tomber dans le mélodrame larmoyant mais également de laisser aux spectateur.rice.s constater l’ampleur des dégâts causés par la culture de la consommation. Deux visions frappantes : celle des enfants, libres et insouciants et celle des parents, qui tentent de joindre les deux bouts entre petits boulots mal payés et magouilles pas très honnêtes. Ce deuxième regard est comme la partie cachée de l’iceberg. Ces pères absents et ces jeunes mères démunies, aimantes et d’une fraîcheur éclatantes, Sean Baker les filme comme des héroïnes moderne.

Même si le réalisateur semble, au premier regard, offrir un long-métrage pop, aux airs de film d’été, il donne un coup de fouet à la Floride consommatrice, au monde opportuniste en révélant la beauté cachée d’une population oubliée par le rêve américain, mais qui garde la tête haute. Ce qu’on retient surtout de ces collisions contrastées que l’on trouve dans THE FLORIDA PROJECT, c’est l’intelligence du récit et la brillance de ceux qui le font vivre.

Pauline Mallet

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[CRITIQUE] THE FLORIDA PROJECT
Titre original :The Florida Project
Réalisation : Sean Baker
Scénario : Sean Baker et Chris Bergoch
Acteurs principaux :Willem Dafoe, Brookynn Prince et Bria Vinaite
Date de sortie : 20 décembre 2017
Durée : 1h51min
4.0excellent
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