Quelque part en Ecosse, quelque part au XIème siècle, un affranchi muet rejoint un groupe de vikings chrétiens en pèlerinage pour la Ville Sainte. VALHALLA RISING pourrait être cela et rien de plus, il est en fait autre chose. S’il y a bien deux thèmes qui ont su stimuler le Refn tardif, ce sont ceux du silence et de la violence – deux pôles bien distincts qui configurent ce volet central de part en part. VALHALLA RISING est bel et bien silencieux et violent, cela avant même d’être un road trip viking.
Dans cet univers, il n’y a que sang et boue. Le temps s’étiole, imperceptible, brumeux, à l’image de ces décors somptueux, il semble perdu. VALHALLA RISING ce sont deux choses : comme à chacun de ses films, il s’agit d’un fantasme de cinéphile. Refn rend hommage, réalisant ce qu’il aurait lui-même aimé voir sur grand écran. Ici, ce sont Aguirre et Kenneth Anger qui sont à l’honneur – avec aussi une pincée d’Apocalypse Now. Mais VALHALLA RISING c’est aussi une matière, un objet embrasé, indescriptible, à l’allure prétentieuse et à la vacuité primitive.
C’est bien simple : le film de Refn ne se comprend pas, il se vit. Les plus persévérants pourront essayer d’y voir un voyage métaphysique sur la vie, la mort et la religion, un peu à la manière d’un Stalker, mais foncièrement, il n’y a pas assez de matière pour en faire un motif de visionnage. Ici, tout est prétexte au bon cadre, à la mécanique de la brutalité. VALHALLA RISING n’est pas là pour raconter, il est là pour faire vibrer.

Photo du film VALHALLA RISING

© Le Pacte

L’appréciation que l’on peut avoir de VALHALLA RISING dépend donc de cette variable d’appréciation primaire : un film ne peut-il exister qu’en tant qu’expérience ? Au fond, c’est une forme de cinéma qui a su se développer en tant que finalité créative pour de nombreux auteurs. L’horreur n’est-elle pas, elle aussi, caractéristique de l’émotion la plus basique ? Ce n’est d’ailleurs pas un hasard que son prochain film (The Neon Demon) semble se rapprocher de l’épouvante : de la part d’un réalisateur qui s’est engagé, de film en film, à privilégier le ressenti au cérébral, ce n’est qu’une suite logique.

“Ce cirque animal n’a pas d’autre fonction que celle de plonger le spectateur dans un monde cauchemardesque où ne règnent qu’obscurantisme et bestialité humaine”

Il est bien présomptueux de prétendre décrypter VALHALLA RISING. Ce serait comme tenter de décrire une douleur – parfois, on ne peut lui donner qu’une intensité. « Ça fait mal », « ça fait très mal ». Ce cirque animal n’a pas d’autre fonction que celle de plonger le spectateur dans un monde cauchemardesque où ne règnent qu’obscurantisme et bestialité humaine, et c’est pour cela qu’il faut prendre le film comme il nous est donné : se laisser porter par la vitalité sombre des images et des sons, se laisser entraîner dans l’inconnu, souffrir et vivre avec les protagonistes.
La tempête s’achève, le rideau se referme – ce que l’on a vu, ce n’était ni de l’heroic fantasy façon Cannes, ni Aguirre façon drakkar, mais plutôt l’évangile selon Refn, où s’entremêlent figures quasi-mythologiques et récit aussi grossièrement allégorique qu’absolument improbable. S’il fallait bien une œuvre pour prouver le pouvoir sensoriel des images, qu’il s’agisse de torpeur ou de cicatrices guerrières, c’était celle-là. Pour parachever la métaphore biblique, on pourrait dire de VALHALLA RISING qu’il est un chemin de croix cinématographique : on lui donne la signification que l’on veut, mais si on croit en Refn, difficile de ne pas tomber en admiration – dans tous les cas, les principaux concernés n’ont pas l’air de s’amuser.

KamaradeFifien

D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

NICOLAS WINDING REFN sur Le Blog du Cinéma

Nicolas Winding Refn est un réalisateur passionnant. Pour essayer de capter l’essence de son cinéma, nous nous sommes mis à 4 (Maxime, Vivien, Georgeslechameau et Paul) afin d’essayer de décortiquer sa filmographie. Chaque rédacteur à visionné l’ensemble des films, dans l’ordre de sortie, ce qui a permis par la suite de pouvoir se concerter afin de rassembler le plus d’éléments. C’est ensuite avec sa propre sensibilité et sa culture, que chacun s’est lancé dans la rédaction des critiques, tout en pouvant re-contextualiser les films par rapport au reste de la filmographie, à l’ensemble de l’œuvre.

En résulte un dossier complet, essayant de saisir la quintessence du travail du réalisateur danois et vous permettant, on l’espère, de mieux appréhender ce qui fait la beauté de son cinéma.

Bonne lecture !BONUS : Consultez également Notre top 10 des films de NWR ou nos différents avis sur l’oeuvre du cinéaste.

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INFORMATIONS
Autre titre : Le Guerrier Silencieux, Valhalla Rising
Réalisation : Nicolas Winding Refn
Scénario : Roy Jacobsen, Nicolas Winding Refn
Acteurs principaux : Mads Mikkelsen, Maarten Stevenson, Jamie Sives, Gary Lewis, Gordon Brown
Pays d’origine : Danemark, Royaume-Uni
Sortie : 10 mars 2010
Durée : 1h30min
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : Pendant des années, One-Eye, un guerrier muet et sauvage, a été le prisonnier de Barde, un redoutable chef de clan. Grâce à l’aide d’un enfant, Are, il parvient à tuer son geôlier et ensemble ils s’échappent, s’embarquant pour un voyage au coeur des ténèbres. Au cours de leur fuite, ils montent à bord d’un bateau viking, mais le navire, pendant la traversée, se retrouve perdu dans un brouillard sans fin, qui ne va se dissiper que pour révéler une terre inconnue. Alors que ce nouveau territoire dévoile ses secrets, les Vikings affrontent un ennemi invisible et terrifiant, et One-Eye va découvrir ses véritables origines…
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