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Après un passage par la fantaisie avec Warcraft, Duncan Jones revient à ses premières amours, la science-fiction. Mais MUTE est-il vraiment un film de science-fiction, en fin de compte ?

Jusqu’ici la carrière de Duncan Jones affichait une dynamique prometteuse. D’abord la perle Moon avec son scénario à twist et son budget modeste, quoi de mieux pour se faire remarquer ? Hollywood lui ouvre alors les bras en lui proposant Source Code, un sympathique concept de science-fiction, avant de lui confier les rênes d’un blockbuster avec Warcraft, Le Commencement. En seulement trois films, le fils de David Bowie s’est imposé comme un des nouveaux pontes du cinéma de genre, de ceux dont on attend impatiemment les nouveaux projets toujours plus ambitieux, tout en espérant paradoxalement qu’ils feront preuve de la même originalité et de la même fraîcheur que leurs premières œuvres. Hélas, trois fois hélas, après l’expérience Warcraft qui avait étouffé son identité de cinéaste, Jones ne semble pas avoir trouvé l’antidote filmique qui lui permettrait de rebâtir sa carrière sur des œuvres de genre fascinantes.Photo du film MUTESur le papier, MUTE avait pourtant de quoi séduire. En se fiant aux quelques visuels dévoilés par Netflix et au synopsis annonçant que le personnage principal était un amish sourd, on imaginait déjà une œuvre cyberpunk confrontant un protagoniste candide à une opulence technologique. L’ennui, c’est que ce contexte de genre science-fictionnel apparaît comme un effet cosmétique pas toujours justifié. Le film prend place dans un décorum cyberpunk qui n’arrive pas vraiment à point nommé, puisqu’il évoque les récents Blade Runner 2049 et Altered Carbon (sorti il y a à peine un mois sur Netflix) sans se montrer à leur hauteur. On remarque avant tout la direction artistique, qui n’est pas toujours inspirée. Le cyberpunk est un genre qui joue généralement sur les superpositions, voire les confusions esthétiques, pour exprimer le tohu-bohu d’un milieu urbain futuriste. L’exercice comporte donc un risque en donnant parfois l’impression d’accoler des motifs visuels, sans en garantir la cohérence et la symbolique. MUTE donne hélas cette désagréable impression, d’autant plus quand son manque de cohérence apparaît également sur le plan technique, où des CGI et des plans larges sur la ville manquent d’ampleur et de texture.

S’il s’agissait simplement de faire le tri entre différentes idées visuelles, il n’y aurait pas d’incidences majeures sur le récit et on pourrait arguer qu’il n’y a là que le résultat des aléas d’une production et d’un tournage. Mais l’ennui, c’est que le récit nous laisse également perplexe, puisqu’il prend place dans un contexte, tant politique que social, qui semble construit sur mesures pour justifier des points de l’intrigue, sans pour autant permettre de développer des thématiques propres au cyberpunk, ou plus largement à la science-fiction. L’humeur est davantage celle d’un film noir, d’un polar urbain tel qu’on peut en élaborer sans avoir nécessairement recours à des robots ou des hologrammes. Strange Days (Kathryn Bigelow, 1995) intégrait déjà un récit noir dans un univers futuriste, mais le mélange des genres (parfois qualifié de technoir) était justement pensé pour porter des thématiques autour des réalités virtuelles et du piratage cybernétique. Ici, en l’état, on retrouve une construction et une problématique lorgnant clairement du côté de Hardcore (Paul Schrader, 1979) où il était déjà question d’un personnage pieux, austère et vertueux, confronté à un monde violent et vicié.Photo du film MUTEAlors, faut-il laisser de côté l’alibi dystopique de MUTE et prendre le récit violent et dramatique pour ce qu’il est ? Soit, mais encore eut-il fallu que le film soit mieux construit, moins appesanti par des scènes trop longues qui anémient la tension dramatique. Si l’intrigue prend enfin forme dans la seconde partie, la première semble particulièrement déséquilibrée en jonglant maladroitement entre la ligne narrative de Leo, le protagoniste muet, et celle des antagonistes trop détestables pour qu’on entre en empathie avec eux. D’un côté, Leo semble tourner en rond avec le faisceau d’indices qu’il a à disposition, de l’autre, on peine à s’intéresser aux enjeux de Duck et Cactus, les deux chirurgiens, malgré les interprétations savoureuses de Paul Rudd et Justin Theroux.

Pour en revenir au problème des longueurs, on se demande d’ailleurs pourquoi le récit insiste tant sur les fantasmes pédophiles de Duck. Au centre de plusieurs scènes, souvent redondantes, cet élément n’avait pas besoin d’être tant appuyé pour que le spectateur comprenne les intentions malsaines du personnage envers la fille de Cactus. On se doute assez vite que les grands yeux candides de Léo vont croiser ceux de la fillette, et que l’innocence de cette dernière sera l’enjeu final du récit. Un peu de tendresse dans un monde de brutes ? Peut-être oui, mais si le monde en question nous paraît abscons, la tendresse a peu de chances de nous atteindre.

Arkham

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[CRITIQUE] MUTE
Titre original :Mute
Réalisation :Duncan Jones
Scénario :Michael Robert Johnson, Duncan Jones et Damon Peoples
Acteurs principaux :Alexander Skarsgård, Paul Rudd et Justin Theroux
Date de sortie :le 23 février 2018 sur Netflix
Durée : 2h06min
2.0Note finale
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