Alors que les deux grands vainqueurs de ce festival, PARVANA et FUNAN de Denis Do, viennent d’être récompensés sans surprise à la très belle cérémonie de clôture hier soir, retour sur cette dernière journée qui a démarré par un véritable émerveillement : DILILI A PARIS de Michel Ocelot ou les aventures d’une fillette kanake dans le Paris de la Belle époque. Un grand film humaniste !

DILILI A PARIS de Michel Ocelot

Dilili vient de Nouvelle Calédonie et se retrouve à Paris pour figurer dans un village indigène. Une fois libérée de ce “zoo”, la fillette, parfaitement éduquée – son institutrice n’était autre que Louise Michel – décide de découvrir Paris avec son nouvel ami Orel, un coursier bienveillant et curieux, qui l’emmène à bord de son triporteur. Mais dans ce Paris merveilleux règne un climat de terreur lié aux disparitions de fillettes. Dilili et son ami Orel se mettent en quête des mystérieux malfaiteurs aidées par les personnes les plus illustres du moment.À l’instar de Woody Allen dans Midnight in Paris, Michel Ocelot s’amuse à faire se côtoyer autour de cette enquête menée par Dilili les plus grands esprits et artistes de l’époque, ce qui réjouit Dilili, toujours “heureuse de faire leur connaissance” et qui note chaque nom pour ne rien perdre de ces précieuses rencontres. On imagine la délectation d’Ocelot à convier toutes ces personnalités dans son récit : Monet, Renoir, Toulouse Lautrec, Marie Curie, Sarah Bernhardt, Louis Pasteur, Eric Satie ou Emma Calvé (cantatrice star de l’époque) ! Surtout quand ces personnes sont décidées à aider leur jeune amie dans un élan de solidarité et d’entraide qui les rendent encore plus indispensables qu’ils ne le sont déjà. La fillette a même l’idée d’élaborer un plan pour mettre fin à cette société secrète (“les males maitres”) en réunissant Louise Michel, Sarah Bernhardt et Marie Curie. Un rêve à l’état pur !

Il faut pourtant l’avouer, si l’on retrouve très vite l’univers d’Ocelot, ses dessins chatoyants, le phrasé unique de ses personnages, on peut être un peu déstabilisé au début par son choix d’utiliser des images réelles de Paris comme décor mêlé aux dessins. A la fin de la projection Michel Ocelot s’en explique : impossible pour lui devant ses propres photos d’un Paris si parfait, de penser le reconstituer “avec son pinceau”. Les personnages plongent dans ce décor vivant et nous avec.  Et puis de décors dessinés, il n’en manque pas dans le film par ailleurs : les égouts de Paris, les salons de Sarah Bernhardt, les cafés de la Belle époque…. Michel Ocelot n’a rien perdu de son imagination, ni de son sens de la féérie. Il suffit de voir le final époustouflant de beauté et d’émotion pour s’en persuader.DILILI A PARIS au-delà de son intrigue est un film profondément féministe qui dénonce la volonté de certains hommes à vouloir humilier les femmes et les priver de liberté. C’est aussi un bel hommage à toutes ces figures qui nous font plus humains, plus grands, plus généreux. On sent tout le respect d’Ocelot à les dessiner, son souci des détails. Tout est là pour leur faire honneur, pour nous rappeler qui ils étaient ou plutôt ce qu’ils ont apporté. Certains trouveront cela un peu candide, c’est pourtant souvent magnifique comme la scène où tout le monde s’arrête de parler en entendant  Eric Satie jouer ses Gnossiennes au piano. On ferme les yeux et on imagine un instant ce que ca devait être d’écouter Satie jouer pour nous et ce plan est un début de réponse très touchant.

A l’issue de la projection, Michel Ocelot échange avec le public particulièrement ému. “Je l’ai demandé pour vous cette projection”. Pour que chacun d’entre nous continue à se battre pour un monde debout et continue de se rappeler les anciens, illustres ou oubliés, qui ont contribué à rendre le monde meilleur.


TITO ET LES OISEAUX de Gustavo Steinberg, Gabriel Bitar et André Catoto Dias

Le Brésil était cette année à l’honneur au Festival d’Annecy et représenté dans la compétition de longs métrages par ce film collectif TITO ET LES OISEAUX. Une parabole de nos sociétés plutôt réussie.

Tito est un petit garçon ingénieux comme son inventeur de père. Quand une épidémie étrange s’abat sur la terre, Tito décide de sauver le monde en recréant  la machine à communiquer avec les oiseaux de son père. Depuis la nuit des temps, les oiseaux “libres et rejetés” ont toujours prévenu les Hommes des grandes catastrophes. Tito souhaite donc en se rapprochant d’eux trouver le moyen d’arrêter cette épidémie de peur. Les gens “attrapent” la peur et développent des symptômes qui finissent par les faire ressembler à des patates. Le passage où un scientifique explique ces symptômes est assez drôle. Les gens auront d’abord les yeux exorbités puis leur os se rétracteront jusqu’à devenir une petite forme ovale. Comment ne pas voir une parabole de nos mondes nourris par la culture de la peur ?

Tito soulève de vraies questions derrière cette animation à la peinture très belle. Les personnages des enfants ont un petit coté club des cinq qui les rend attachants. On regrette néanmoins les faiblesses du scénario parfois incohérent.

Au final TITO ET LES OISEAUX est un film d’animation original tant dans la forme que le fond, accompagné d’une très belle bande son. De quoi nous réconcilier avec l’animation brésilienne après le programme de courts affreux vus jeudi dernier !

Anne Laure Farges

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