“C’est bizarre, ce cercueil qui s’ouvre lentement en grinçant, ça me rappelle quelque chose.”

Eh oui, le cinéma regorge de clins d’œil complices  et de références plus ou moins explicites à des œuvres antérieures, devenues des classiques ou tombées dans l’oubli. Voici donc une sélection de 15 impressions de déjà-vu émanant du patrimoine fantastique.

 

     SLEEPY HOLLOW…

Dans ce film de Tim Burton, sorti en 1999, l’inspecteur Ichabod Crane cherche à lever le mystère autour des crimes commis par le Cavalier Sans Tête. Bien qu’il évolue dans un univers macabre digne des Hammer Films, l’enquêteur tente de garder un esprit scientifique et des convictions cartésiennes. Pour expliquer comment le personnage s’est forgé cet esprit rationnel, le réalisateur parsème son récit de flashbacks ramenant Crane à ses traumatismes d’enfance.

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…REND HOMMAGE AU MASQUE DU DÉMON

Tim Burton a toujours revendiqué l’influence du film d’épouvante de Mario Bava, sorti en 1960. Aussi, quant il s’agit de mettre en images l’enfance d’Ichabod, il choisit pour interpréter sa mère, sa muse et compagne de l’époque, Lisa Marie, et d’en faire une icône gothique aussi marquante pour la rétine, que la sublime Barbara Steele. La scène de la vierge de Nuremberg est un hommage évident au sort subi par l’envoûtante Barbara au début du chef d’œuvre italien.

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LA PIEL QUE HABITO…

Sorti en 2011, La Piel que Habito est une adaptation d’un roman de Thierry Jonquet signée Pedro Almodovar. Avec l’excentricité qu’on lui connait, le cinéaste espagnol raconte l’histoire de Robert Ledgard, un chirurgien qui garde sa femme Vera captive dans leur manoir, afin de tester sur son corps la peau synthétique qu’il vient d’inventer.

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…REND HOMMAGE AUX YEUX SANS VISAGE

Si l’expérience du docteur Ledgard s’applique au corps entier de sa femme, le trouble qu’elle jette dans l’esprit du spectateur est accentué par le fait que le visage de celle-ci est caché derrière un masque, pendant une majeure partie du film. Almodovar a descellé dans le roman d’origine, une parenté évidente avec Les Yeux sans visage de Georges Franju, sorti en 1960, car son héroïne y est également la prisonnière et la patiente d’une chirurgien. D’où cette ressemblance entre les masques que portent les deux jeunes femmes.

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AMER…

Dans Amer de Hélène Cattet et Bruno Forzani, une jeune femme se remémore trois moments marquants de sa vie et fait vivre par la même occasion aux spectateurs, une expérience sensorielle et sensuelle, tantôt envoûtante, tantôt effrayante. Dans le segment consacré à son enfance, l’héroïne fait l’erreur de s’approcher d’un peu trop près du cadavre d’un vieil homme portant une bague à l’un de ses doigts squelettiques.

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…REND HOMMAGE AUX TROIS VISAGES DE LA PEUR

Le couple Cattet/Forzani propose un cinéma ultra-référencé, se servant de leurs repères cinéphiliques pour mettre en images la tension entre frissons d’angoisses et frissons érogènes. Leurs références sont donc principalement italiennes et mettent à l’honneur le giallo des années soixante-dix par des couleurs flashy et des effets de montages audacieux. Le couple de cinéastes pousse l’hommage et la complicité avec un public cinéphile, en reprenant l’atmosphère et le cadavre terrifiant des Trois Visages de la peur.

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KILL BILL …

Sorti en 2003 et 2004, le diptyque Kill Bill est prétexte pour Quentin Tarantino à faire montre de son extraordinaire cinéphilie. Petite précision qui rend le cinéaste d’autant plus sympathique et apporte d’autant plus de sincérité à sa démarche, c’est à tout un pan, dénigré voire oublié, du cinéma d’exploitation auquel il souhaite rendre hommage. Si le récit est construit dans le but de placer le maximum de références aux films d’art martiaux hong-kongais et japonais, et aux westerns italiens, le réalisateur-scénariste trouve quand même le moyen de citer également d’autres films de genres.

 …REND HOMMAGE À FRAYEURS

Les artisans italien du cinéma d’exploitation ont connus une seconde gloire grâce à l’admiration que leur porte Tarantino, et parmi eux Luico Fulci , spécialiste transalpin du film de zombies dans les années soixante-dix qui se voit gratifié de deux citations visuelles dans Kill Bill. Outre la réutilisation des larmes de sang, qui représentent l’un des plans-signatures de Frayeurs, on retrouve une autre scène empruntée à ce film d’épouvante de 1980. La Mariée se retrouve enterrée vivante dans un cercueil, tout comme l’héroïne du film de Fulci, et l’on remarque que Tarantino retranscrit avec soin l’ambiance et la lumière de son modèle.

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DEAD SILENCE…

Le coup de la marionnette démoniaque, on vous la déjà fait ? Il faut dire que c’est un motif classique dans le cinéma fantastique; classique qui semble particulièrement intéresser James Wan, dont le cinéma tend à marier deux approches de l’épouvante, celle de l’ambiance et celle des effets de tension (les jump scares). Après avoir utilisé une marionnette dans une scène mémorable de Saw, et avant d’avoir présenté la terrifiante Annabelle au début de The Conjuring, Wan approfondit le sillon en 2007 avec Dead Silence, où un fantôme ventriloque sévit depuis l’au-delà.

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…REND HOMMAGE À DEAD OF NIGHT…

Avec son petit costume et son petit nœud papillon trop mignons, le pantin de Dead Silence n’est pas sans rappeler celui du segment le plus célèbre de Dead of night. Sorti en 1945, ce film à sketchs britannique inspira bien des anthologies de récits horrifiques, des films Amicus aux Contes de la crypte, et fut le premier à faire frissonner le public avec une histoire de ventriloque dépassé par sa marionnette.

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…ET AUX FRISSONS DE L’ANGOISSE

Dans l’arbre généalogique des pantins maléfiques, on peut suivre la lignée qui débouche sur Dead Silence en passant par Les Frissons de l’angoisse de Dario Argento où apparaissait également un inquiétant personnage portant un nœud papillon. A noter que cette poupée est une création du génial Carlo Rambaldi (E.T, Dune, Alien…)

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LE TERRITOIRE DES MORTS…

On peut être l’un des patriarches du cinéma fantastique, être cité par des générations de cinéastes, et pour autant, faire soi-même des clins d’œils aux travaux de ses contemporains dans ses propres films. La preuve en est avec George A. Romero, qui vient à nouveau taquiner du zombie en 2005, avec Le Territoire des morts, alors qu’il fut lui-même le précurseur du genre quarante-ans plus tôt, avec La Nuit des morts-vivants.

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…REND HOMMAGE À CARNIVAL OF SOULS

Romero rend hommage à un film qui présente quelques similitudes avec son cultissime La Nuit des Morts-Vivants. Sorti en 1962, soit six ans avant ce dernier, Carnival of Souls fut également tourné en noir et blanc avec un budget minuscule, et cette œuvre atypique parmi les autres productions américaines de l’époque, a trouvé sa place au fil des séances de minuit dans l’inconscient des amateurs de cinéma fantastique. Parmi eux se trouvait certainement Romero, marqué par la scène où les “somnambules” sortent de l’eau.

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MESSIAH OF EVIL…

Une impression de déjà-vu peut être provoquée par un peu plus qu’un plan ou qu’une scène hommage ; la parenté entre deux films n’apparaît pas seulement par le visuel, le récit à également son rôle à jouer dans ce jeu de ressemblance. Autre perle underground, Messiah of Evil est l’œuvre malade et orpheline du couple Willard Huyck et Gloria Kutz, eux-mêmes rejetons du nouvel Hollywood. Sorti en 1973, ce film raconte l’étrange séjour d’une jeune femme dans une petite bourgade au bord du Pacifique, dont les habitants présentent un comportement inquiétant et de plus en plus agressif envers cette étrangère.

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…FAIT PENSER À CARNIVAL OF SOULS

Messiah of Evil fait donc partie de la catégorie des “films de déambulation”, dans laquelle le récit n’est pas sensé porter une dramaturgie jusqu’à un dénouement, clair et approprié aux caractères des protagonistes et à leur parcours accidenté. Non, dans ce genre d’ovni filmique, l’errance d’un personnage est prétexte à une expérience sensorielle, où tout les repères sont faussés pendant une heure et demi. Les deux héroïnes des films respectifs vivent ainsi un cauchemar éveillé, dans une ville coupée de la réalité sans comprendre si elles sont entourées de démons, de fantômes ou d’une secte inconnue.

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LA MAISON DES MILLE MORTS…

Après Tarantino, évoquons un autre cinéphile devenu cinéaste : Rob Zombie. La rock-star de l’épouvante semble avoir un faible pour les psychopathes à en croire son remake d’Halloween, et surtout son chef-d’œuvre ultra-violent, The Devil’s Rejects, où on se surprend à ressentir de l’empathie pour les Firely, une famille de tueurs détraqués. En 2004, deux ans avant cette œuvre percutante, le réalisateur signait son premier film, La Maison des mille morts, où se déchaînait déjà la famille Firefly.

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…FAIT PENSER À SPIDER BABY

Quand on parle de “famille de dégénérés”, on pense d’abord à celle de Massacre à la tronçonneuse; mais si on regarde le style cartoonesque et grand-guignolesque de La Maison des mille morts, on reconnait davantage au film de Zombie, l’influence de Spider Baby, petite série B de 1964 dans laquelle sévissait une sorte d’excroissance de la Famille Addams. D’ailleurs le cabotin Sid Haig qui interprète le Capitaine Spaulding chez Rob Zombie, apparaissait déjà dans Spider Baby.

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ALIEN, LE HUITIÈME PASSAGER…

À sa sortie en 1979, Alien, le huitième passager fit sensation grâce à sa direction artistique inédite signée H.R. Giger et Dan O’Bannon. La collaboration entre les deux artistes rescapés du projet Dune, donne naissance au monde étrangement autre des xénomorphes, où les héros humains deviennent des proies faciles, donnant ainsi un sévère coup de vieux à la science-fiction des années cinquante et soixante.

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…FAIT PENSER À LA PLANÈTE DES VAMPIRES

Mais si l’aspect visuel d’Alien est indiscutablement novateur, le script du film prend comme matériau matriciel une série B italienne (décidément !) signé par le virtuose Mario Bava (décidément !) sortie en 1965. Outre l’idée centrale de La Planète des Vampires qui consiste également en une menace extraterrestre qui cherche insidieusement un hôte, on remarque que la scène de la découverte d’un vaisseau épave existe aussi bien dans le film de Bava que dans celui de Ridley Scott.

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ONLY LOVERS LEFT ALIVE…

En 2014, Jim Jarmush réunit les silhouettes lascives de Tilda Swinton et de Tom Hiddleston pour interpréter le couple de vampires de Only Lovers Left Alive. Imposant un rythme lent et une constante impression de solitude à son film, le chantre du cinéma indépendant américain cherche à retranscrire l’état d’esprit de ses deux protagonistes, hors du temps et du commun des mortels.

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…FAIT PENSER AUX PRÉDATEURS

En présentant ses personnages comme des esthètes, dont la culture et le goût raffiné se sont affirmés au fil des siècles, Jarmush crée une ressemblance frappante avec ceux du premier film de Tony Scott, Les Prédateurs. Apparu en 1983, le couple David Bowie/Catherine Deneuve naviguait déjà entre culture rock et culture classique, et passait une majeure partie du temps cloîtrée d’une luxueuse maison, à l’abri de la vulgarité et de l’inculture des mortels.

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CRIMSON PEAK…

Bon nombre de ces impressions de déjà-vu s’expliquent par le fait que le cinéma se nourrit depuis ses premières heures, de la littérature et des mythes transversaux aux différentes civilisations. Et depuis presque aussi longtemps, le cinéma se nourrit du cinéma, construisant ainsi une nomenclature sous-jacente qui permet d’identifier les codes principaux d’un récit et de le faire correspondre à un genre, voire un sous-genre. On retrouve un bel exemple de cette grille de lecture dans Crimson Peak de Guillermo Del Toro, sorti en 2015, qui exprime de manière explicite le fait qu’il est conscient d’appartenir à un genre de récit, hérité de la culture gothique anglo-saxonne.

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…FAIT PENSER À LA VENGEANCE DE LADY MORGAN…

Dans un dialogue de Crimson Peak, la jeune Edith tient à ce que la distinction soit faite entre deux termes : “histoire de fantômes” et “histoire avec des fantômes” ; mise en abîme forte à propos puisqu’elle sera elle-même l’héroïne d’une romance gothique où le paranormal s’insinue par touches progressivement dans son quotidien. Si les fantômes apparaissent fréquemment pour faire avancer l’intrigue, le nœud dramatique du film réside dans la machination dont Edith est la victime, tel qu’il en est question dans La Vengeance de Lady Morgan, sorti en 1965. Dans ce film de Massimo Pupillo, il faut également attendre la dernière partie du récit pour comprendre quelle est la place des événements surnaturels dans la trame dramatique.

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…QUI FAIT PENSER À HANTISE…

Comme cela était affaire courante dans le cinéma d’exploitation italien des années soixante, La Vengeance de Lady Morgan reprend des pans entiers de scénarios déjà exploités par Hollywood quelques années plus tôt. Ici on reconnait par exemple le concept de “gaslighting” qui consiste en la manipulation d’un personnage par un autre afin de le faire douter de sa santé mentale. Et d’où vient le terme gaslighting ? Du titre original de Hantise, classique de George Cukor, sorti en 1944.

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…QUI FAIT PENSER À REBECCA

Mais si on remonte quatre ans avant la sortie d’Hantise, on retrouve un autre thriller où une jeune femme est prisonnière d’une vaste demeure, à la merci de ceux qui la manipulent, à savoir Rebecca, adapté d’un roman de Daphné du Maurier par Alfred Hitchcock. D’ailleurs, le personnage sournois de la gouvernante a également été décliné dans Hantise et dans La Vengeance de Lady Morgan.

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D’ACCORD ? PAS D’ACCORD ?

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Cinéma fantastique : 15 impressions de déjà-vu

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