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Photo de TIM BURTON
Crédit : Zuma Press

Tim Burton, itinéraire d’un enfant terrible – Portrait

Le 21 octobre 2022, Tim Burton reçoit le quatorzième Prix Lumière pour sa contribution exceptionnelle au cinéma. Du culte voué par une génération entière aux réalisations en demi-teinte, retour sur la carrière d’un artiste à la personnalité singulière.

Tim Burton naît le 25 août 1958 à Burbank en Californie, une ville proche des studios de cinéma de la Columbia, Warner Bros et Walt Disney Pictures. Très jeune, il manifeste un goût prononcé pour le cinéma d’horreur et de série B, notamment pour les productions d’esthétique gothique de la Hammer. Fasciné par les monstres, de Dracula aux momies antiques en passant par la créature de Frankenstein, il développe également une admiration sans limite pour l’acteur Vincent Price et le réalisateur Ed Wood – auteur de Plan 9 from Outer Space, longtemps considéré comme « le pire film de l’histoire du cinéma ».

Dessin de TIM BURTON
Autoportrait de Tim Burton / Crédit : New-York Times

Enfant introverti et peu sociable, Tim Burton vit une enfance solitaire, recroquevillé sur son imaginaire propre. Inspiré par les écrits d’Edgar Allan Poe, il passe le plus clair de son temps à dessiner. Son talent pour le dessin est très vite remarqué et lui permet, en 1972, de produire les illustrations affichées sur les véhicules des services d’entretien de la ville de Burbank. Attiré par la caméra, il réalise également quelques courts-métrages en super 8 mêlant prises de vue réelles et animation en stop-motion. En conflit avec ses parents, il quitte rapidement le domicile familial à l’âge de 12 ans pour partir vivre chez sa grand-mère, qui accepte de lui louer un studio dès ses 16 ans.

Le mouton noir de Disney

Repéré par les têtes chercheuses de Disney, Tim Burton entre à la California Institute for the Arts (CalArts) en 1976. Âgé alors de 18 ans, il étudie aux côtés de John Lasseter, futur directeur artistique de Pixar, Brad Bird, réalisateur des Indestructibles et de Ratatouille, ou Henry Selick, l’animateur derrière Caroline et James & la pêche géante. Cette formation prestigieuse permettait alors à Disney de se constituer un « réservoir » de talents et de les embaucher ensuite dans leurs propres studios. Étudiant revêche, Burton s’y est senti frustré, en désaccord avec ses professeurs qui, selon lui, brimaient sa créativité et empêchaient son style de s’exprimer pleinement.

Malgré ce rapport peu épanouissant avec la firme Disney, Tim Burton est tout de même embauché aux studios en tant qu’animateur, grâce à son premier court-métrage d’animation, Stalk of The Celery Monster. Il commence par travailler sur des projets comme Tron ou Rox & Rouky, où il ne sera finalement pas crédité. Le futur réalisateur peine effectivement à s’adapter aux lignes directrices de Disney et n’accepte que difficilement les concessions sur ses revendications artistiques. Il accède cependant au statut d’art conceptor sur Taram & le chaudron magique, bien qu’il manifeste tous les signes d’une dépression nerveuse. En effet, l’artiste se comporte d’une manière étrange et passe notamment une partie de ses journées enfermé dans un placard.

Dessin de TIM BURTON
Dessin préparatoire pour Frankenweenie / Crédit : D.R.

De ce premier passage chez Disney naîtront les courts-métrages Frankenweenie et plus particulièrement Vincent, un hommage aux œuvres littéraire d’Edgar Allan Poe et à l’acteur Vincent Price, qui accepte d’ailleurs de prêter sa voix au narrateur du film. Trop en décalage avec les productions de Disney d’alors, les deux films sont peu distribués et passent plus ou moins inaperçus. Hansel & Gretel, adaptation du conte éponyme en moyen métrage, est lui, relégué à une diffusion unique sur Disney Channel, car considéré comme trop dérangeant pour le jeune public. Sur ces semi-échecs, Burton claque la porte des écuries Disney en 1984.

Premiers succès

L’année suivante, le réalisateur se voit confié un projet de grande envergure. Remarqué par Warner Bros grâce à ses précédents courts et moyen métrages, il décroche la réalisation de Pee-Wee Big Adventure, adapté des programmes jeunesse menés par Paul Reubens. Si sa vision personnelle ne transparaît que peu à l’écran, l’entente avec Reubens sur le projet s’avère des plus harmonieuses. Burton considère, en effet, que leurs univers enfantins coïncident, malgré l’humour volontairement idiot du scénario. Pee-Wee Big Adventure offre alors au réalisateur son premier succès commercial.

Photo du film PEE WEE BIG ADVENTURE
Crédit : D.R.

Légitimité acquise, Burton commence à travailler sur Batman peu de temps après la sortie de ce premier long-métrage. Toutefois, le feu vert de la Warner tarde à lui être accordé. Entre-temps, il reçoit le scénario de Beetlejuice, écrit par Michael McDowell. Séduit par l’humour noir et macabre du récit, il se lance dans la réalisation du film. Doté d’un budget plus restreint que Batman, mais néanmoins doublé par rapport à Pee-Wee Big Adventure, Beetlejuice offre plus d’espace à Tim Burton pour s’exprimer et le résultat final, mêlant maquettes, stop-motion et prises de vues réelles, témoigne de l’esthétique caractéristique de l’artiste. On y retrouve d’ores et déjà son goût pour le gothique, l’absurde et l’expressionisme allemand.

Batman, grandeur et chute

En 1989, le réalisateur atteint la consécration avec son adaptation du comics Batman. Plus grand succès au box-office de tous les temps au moment de sa sortie, le film bénéficie d’un casting quatre étoiles, avec Jack Nicholson, Kim Bassinger et Michael Keaton au générique, ainsi que Prince sur la bande originale. Bien qu’énorme coup marketing, le Batman de Burton connaît une excellente réception critique. En France, le film est affiché à la une des Cahiers du cinéma – une distinction sans précédent pour un blockbuster.

Photo du film BATMAN : LE DÉFI
Crédit : D.R.

Le succès sera toutefois moins retentissant à la sortie de Batman : le défi en 1992. Et pour cause. Frustré par les directives du studio, Burton livre un projet bien plus clivant, n’en faisant qu’à sa tête quant aux desideratas du service marketing. En résulte cependant un film bien plus intéressant, et à la vision bien plus radicale que l’opus précédent. Des années après, Burton admettra n’avoir accepté de réaliser cette suite que dans l’optique d’adapter un nouveau Superman avec Nicolas Cage – projet malheureusement avorté.

Lors de la production du deuxième Batman, l’ancien animateur trouve un exutoire et entreprend en parallèle de superviser la mise en scène de L’Étrange Noël de Monsieur Jack, dont la réalisation est attribuée à son ancien collègue et ami, Henry Selick. Malheureusement, ne sachant que faire de ce projet si singulier, Walt Disney Company peine à définir un public cible. Dès lors, le film est mal distribué et essuie un échec cuisant au box-office. Il ne deviendra culte que bien plus tard, en grande partie grâce aux sorties vidéo… Pour le plus grand bonheur de Burton, attaché au projet et déçu de sa réception initiale.

Les années fastes

Grâce au succès de Batman, le réalisateur put toutefois mettre en chantier Edward aux mains d’argent, un film plus personnel, co-écrit avec Caroline Thomson. Ancienne camarade des écuries Disney, l’auteure sera notamment responsable de l’adaptation de L’Étrange Noël de Monsieur Jack et retrouvera Burton sur Les Noces Funèbres en 2005. Initialement envisagé comme un blockbuster, Edward aux mains d’argent bénéficie finalement d’une promotion plus réduite. Au départ enthousiastes, les dirigeants de la Warner ont effectivement été refroidis par des projections-tests mitigées et par le look de Johnny Depp, loin de ses précédents rôles de jeune premier.

Photo du film EDWARD AUX MAINS D'ARGENT
Crédit : 20th Century Fox

Boudé par le public, Edward aux mains d’argent rencontre cependant un succès d’estime et obtient plusieurs nominations, dont celle du Meilleur acteur dans un film musical ou une comédie pour Johnny Depp aux Golden Globes de 1991. L’impact positif du film permet à Burton de réaliser davantage de projets personnels et d’imposer plus largement sa vision. S’ensuivent Ed Wood, hommage au réalisateur du même nom, et Sleepy Hollow : la légende du cavalier sans tête. Filmé dans un noir et blanc sublimé, plus fantasmé que réel biopic, Ed Wood ne remporte pas non plus les faveurs du grand public… Toutefois loué pour ses qualités, le film permet à Martin Landau de décrocher l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation de Belà Lugosi.

À l’inverse, Sleepy Hollow : la légende du cavalier sans tête offre à Burton un nouveau succès – au box-office, comme chez les spécialistes. Entre-temps, Mars Attacks!, sorti en 1996, divise. Cet hommage rocambolesque aux films de science-fiction et de série B sert effectivement en sous-texte une critique sociétale cruelle, mal comprise en son temps. À ce stade, le statut culte du réalisateur rend ses prochaines sorties aussi attendues que conspuées. Les deux longs-métrages suivants, Charlie et la chocolaterie et Big Fish, amorcent le retour de Burton aux grandes productions commerciales et moins personnelles. Il parvient cependant encore à imposer une esthétique propre, bien que les deux projets connaissent une réception critique mitigée.

Quelques ratés…

Bien plus clivant cependant, Sweeney Todd : Le Diabolique barbier de Fleet Street adapte la comédie musicale éponyme de Stephen Sondheim et Hugh Wheeler. Fasciné par l’histoire du barbier tueur de Londres depuis son adolescence, Burton livre en 2007 une œuvre théâtrale et sombre, entachée par quelques ratés numériques. Succès en demi-teinte aux États-Unis, le film connaît une meilleure réception à l’étranger, divisant toutefois la critique – notamment en France, où la culture de Broadway reste encore méconnue. Dans son pays d’origine, il offre malgré tout le Golden Globe du meilleur acteur dans un film musical ou une comédie à Johnny Depp.

Photo du film SWEENEY TODD
Photo : D.R.

2010 signe, par la suite, la réconciliation entre Tim Burton et Walt Disney. Le cinéaste se voit alors confier la réalisation du film live-action Alice aux pays des merveilles. De l’avis général, cet Alice s’avère loin d’être une réussite, Burton se prenant effectivement les pieds dans la surcharge d’effets numériques. Son long-métrage suivant, une adaptation de la série télé Dark Shadows, souffre du même défaut, en plus d’un scénario bancal et mal mené. L’accord avec Disney offre toutefois au réalisateur la possibilité de récupérer ses droits sur Frankenweenie, son court-métrage de 1988. Sortie en 2012, la nouvelle version du film donne lieu à un petit miracle, avec un long-métrage d’animation plein de tendresse, empli de clins d’œil à la Hammer et marquant un certain retour aux sources.

Le schéma Burton

Se dessine dès lors un schéma caractéristique dans la carrière de Tim Burton, déjà initié en 2005 avec Les Noces Funèbres. Après l’attribution de budgets conséquents, comme sur La Planète des singes en 2001 ou sur le Alice de Disney en 2010, le cinéaste se recentre ensuite sur des projets aux ambitions plus modestes, comme Big Eyes en 2014, un drame inspiré par la triste histoire de Margaret Keane, une artiste peintre dont le mari signera les œuvres pendant des années. Échec commercial douloureux, le film permet néanmoins au réalisateur de s’exprimer plus volontiers. S’ensuit une production plus importante avec Miss Peregrine et les enfants particuliers. Si le film divise la critique, la vision de Burton transparaît tout de même et lui offre l’opportunité de renouer avec le grand public. Bien mieux reçue par la presse, son adaptation de Dumbo en 2019 achève de le remettre sur le devant de la scène.

Photo du film BIG EYES
Crédit : D.R.

En près de trente ans, l’œuvre de Tim Burton a autant marqué la culture populaire que le cinéma dans son ensemble. Entre grand blockbusters et films d’auteur, le cinéaste a su tirer son épingle du jeu pour imposer sa vision et son esthétique si personnelles, qu’elle en sont devenues reconnaissables au premier coup d’œil. S’il s’est perdu parfois, l’artiste est tout de même parvenu à toucher à nouveau son audience en se recentrant sur son imaginaire propre. Pour sa contribution exceptionnelle au monde du cinéma, il reçoit, ce vendredi 21 octobre 2022, le 14e Prix Lumière, attribué précédemment à des personnalités comme Clint Eastwood, Quentin Tarantino ou encore, Jane Fonda.

Le Prix Lumière, remis chaque année à une personnalité du cinéma pour l’ensemble de son œuvre, est décerné dans le cadre du Festival Lumière. Organisé à Lyon, ville natale du cinématographe, il se définit comme le rendez-vous mondial du cinéma de patrimoine.

Lily Nelson

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