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VALIDÉ – Saison 2 : les raisons d’un succès dans l’air du temps

Explosion des records de streaming, éclosion d’artistes talentueux, bande-son dantesque…VALIDÉ a fait son retour sur Canal+, confirmant avec brio l’immense succès de la saison 1. Tentative d’analyse de ce qui fait la singularité d’un produit made in France.

Du thriller urbain à l’industrie du rap

Première raison du succès de cette seconde saison, la bipolarité des genres qui s’opère dès les prémices du récit. Les principaux actants appartiennent à un milieu social très urbain, une banlieue réaliste qui donne lieu à de multiples flux narratifs. Les antagonistes peuvent surgir de n’importe quel coin de rue, accompagnés de leur lot de complications respectifs. Yamar et son comparse, motivés par de seules velléités lucratives, en constituent un bon exemple. La faillite du langage illustrée par le recours systématique à la violence verbale, voire physique, font de ces deux personnages de redoutables adversaires sur l’échiquier du thriller urbain. Ils justifient également à eux-seuls le retour de Mounir, seul opposant à même de les canaliser.

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Outre cet affrontement urbain, la fiction dans VALIDÉ explore l’industrie musicale et ses rouages. Sans jamais se transformer en ennuyeux powerpoint sur les mécanismes d’un milieu, la série rend compte des multiples strates qui éloignent le talent de la création d’un projet. Cette saison 2 se révèle plus fluide lorsqu’il s’agit d’exhiber les étapes de l’ascension de l’Alpha et elle conserve toute sa cohérence, là où certains écarts du premier opus pouvaient étonner.

La double facette de la protagoniste scinde le récit en deux pans, ce qui n’est pas sans rappeler le slogan de PNL, repris par « Nuit debout », «  Le monde ou rien ». La caméra hyperactive de Gastambide s’attache à refléter ce double visage. De nombreux plans larges en extérieur deviennent métonymiques d’une réalité comme entrave dont il est impossible de sortir. Aussi, la sincérité dans la mise en scène des séquences de concert rend compte du talent des acteurs et l’énergie des freestyles est communicative.

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Fiction réaliste

VALIDÉ passe par des clichés inévitables mais bel et bien existants. Axer le récit autour d’un seul personnage réduit l’angle d’approche mais la série n’a jamais la prétention d’englober un tout. Plus qu’une anthologie, VALIDÉ est un récit où le personnage prime, pour ensuite devenir une porte d’entrée vers un microcosme. Gastambide évite une vision trop fragmentaire, même si certains personnages semblent être en mesure de triompher de toute temporalité, oubliés puis subitement ressuscités dans les mémoires. Ces envols quasi-incantatoires font aussi le charme de la série.

La violence qui se matérialise et qui empiète sur l’onirisme de l’ascension aurait peut-être pu encore être davantage exploitée, notamment par l’intermédiaire du personnage de Karnage, assez vite éclipsé. Les nombreux climax, où la tension est palpable compense toutefois ces lacunes et l’énergie de réguliers freestyles est communicative.

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Péripéties effrénées

Parfois brouillonnes, les étapes des quêtes initiatiques suscitent l’intérêt. L’énergie communicative, déjà mentionnée, y est pour beaucoup. Oui, Laëtitia Kerfa est une révélation qu’il faudra suivre, tant sur le plan musical que devant les caméras. Son personnage est une réussite. Tiraillée entre un passé houleux et une carrière entre-aperçue, elle cristallise à elle-seule le réjouissant sous-texte de la série : le fossé est bel et bien mince entre la rue et les étoiles. La justesse des choix opérés par l’Alpha réjouit et rassure, engendrant ainsi une structure évolutive qui force l’empathie. Le refus d’une modernité grégaire revendiquée ouvertement par la rappeuse n’empêche pas de donner corps à une réelle envie de renouveler les codes, comme l’illustre son dernier passage sur scène, vibrant modèle de montage en parallèle. Sans aucun didactisme laborieux, Gastambide écrit un personnage féminin fort, libéré des chimères qui annihilaient dans la saison 1 toute forme d’espoir concernant Apash et engendraient un destin nécessairement funeste.

Cette fatalité qui frappe les archétypes aux traits volontairement grossis confère une portée tragique assez touchante à d’autres protagonistes. Porté par l’interprétation sans faille de Sam’s, Mastar est sûrement le caractère le plus fascinant de ces deux saisons. La rédemption lui est coûteuse et, si les projecteurs s’éteignent, l’ancien rappeur grandit. Certains devraient même s’inspirer des erreurs qu’il commet tant leur carrière est similaire à celle de l’anti-héros déchu et on ne s’étonne guère de voir intervenir Housni Mkouboi aka Rohff à plusieurs reprises.

Emeric

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