Crédits : Jérôme MACE / Chifoumi Productions

BAC NORD ? Beaucoup de bruit pour pas grand chose – Critique

Très loin d’arborer l’étendard de brûlot politique qu’on lui attribue, BAC NORD est un divertissement plaisant qui se fond avec complaisance dans les clichés.

Les Misérables version quartiers nord : c’est avec ce prérequis qu’avançait BAC NORD, à l’orée de sa sortie. Les médias se sont évidemment laissés tromper. Outre l’épisode cannois où il a été taxé de propagande au service du Rassemblement National, les critiques ont conféré au nouveau film de Cédric Jimenez un statut faussé. Il faut dire que les bandes-annonces étaient elles aussi trompeuses : d’un réalisme radical, on y supposait un condensé d’action pure opposant la section éponyme au microcosme criminel marseillais. Autant l’avouer de suite : BAC NORD ne prend jamais l’aspect du film noir troublant qu’il aurait pu être, et n’explore que rarement sa puissance fictionnelle évocatrice d’une actualité sociale explosive.

Crédits : Jérôme MACE / Chifoumi Productions

Ce n’est pas la première fois que la fiction s’aventure au cœur du grand banditisme marseillais. On peut penser aux explorations solaires d’un Karim Dridi en se retrouvant, comme dans Chouf ou Khamsa, en bas de ces immenses tours blanches. Mais là où Dridi se faisait le narrateur d’un récit naturaliste explorant toutes les parcelles d’un dangereux labyrinthe, Jimenez garde ses distances et fait preuve de prudence. BAC NORD ne s’aventure jamais au-delà de la clairière et n’identifie jamais les ombres qui parcourent la forêt. Masqués et démunis d’un quelconque logos, les jeunes en bas des immenses blocs se confondent en insultes et autres provocations. On comprend très vite qu’il faudra s’abstraire un instant de tout jugement politico-social tant le film ne s’y intéresse pas, ou le fait maladroitement. Au contraire, et c’est tout à son honneur, BAC NORD excelle quand il pense le paysage urbain comme un prétexte à l’action.

D’une efficace simplicité, le film explore la psyché d’un trio de policiers obéissant davantage aux convenances d’une fiction populaire qu’au miroir réaliste auquel ils auraient dû prétendre. Aucun des acteurs ne sort jamais de sa zone de confort : Lelouche arbore le visage du gros dur marqué par une existence tourmentée, Leklou avance avec brio sur les traces de son personnage phare du très appréciable Le Monde est à toi et Civil ne détonne plus dans cet étrange mélange de candeur et d’incandescence. Inutile d’en faire davantage car BAC NORD se nourrit d’emprunts à la quasi-totalité des grosses productions françaises de ces dernières années, aussi bien sur le fond que sur la forme. Ce manque d’audace se traduit d’ailleurs par la banalité d’une b.o qui tente de dissimuler les failles d’un récit finalement très pauvre. De la bavure, en passant par le coup d’éclat, jusqu’à la prison et la rédemption salvatrice, rien n’étonne et on se demande même si Jimenez n’a pas conscience de cette banalité lors de séquences ultra-stéréotypées, quasi parodiques (la célébration post-saisie du convoi, les dialogues entre Antoine et son contact).

Crédits : Jérôme MACE / Chifoumi Productions

Le refus de toute intensité tragique est visible dès les prémices du récit et aboutit finalement à un polar dépourvu de surprise, au discours sans grand intérêt. Au lieu de s’attarder sur la virilité maladroitement exacerbée du propos global, mieux vaut profiter de quelques bonnes idées de mise en scène. On apprécie ainsi cet instant figé où un adolescent arrêté se met à entonner du Jul en compagnie des « condés ». Le burlesque et l’absurde agrémentent ainsi quelque peu la fadeur de l’ensemble. On ne peut pas non plus omettre le fait que Jimenez n’est jamais aussi juste que lorsqu’il cherche à engendrer une tension intense, inhérente au milieu qu’il filme. Au centre de l’histoire, cette séquence explosive au cœur des blocs. Caméra à l’épaule, le réalisateur s’aventure en terrain houleux et donne à voir un véritable talent lorsqu’il filme les flammes d’un enfer suffocant. Malheureusement, le manichéisme dépeint empêche d’apprécier à leur juste valeur ces passages forts et l’on regrette le manque de profondeur réflexive d’une narration bien trop sage.

Emeric

Note des lecteurs8 Notes
Titre original : BAC NORD
Réalisation : Cédric Jimenez
Scénario : Cédric Jimenez, Audrey Diwan
Acteurs principaux : François Civil, Karim Leklou, Gilles Lellouche, Kenza Fortas, Adèle Exarchopoulos, Idir Azougli
Date de sortie : 18 août 2021
Durée : 1h44min
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