Avec BIRDS OF PREY, le DC Universe voulait conjurer l’échec de Suicide Squad en réactualisant sa formule à la sauce féministe. Le studio réussit son pari de justesse sans parvenir toutefois à éviter quelques écueils.

La firme avait senti dès le départ tout le potentiel concentré dans le personnage de Harley Quinn et il aurait été dommage que celui-ci disparaisse avec les cendres du précédent opus. BIRDS OF PREY reprend l’ambition initiale de Suicide Squad qui était de rassembler une équipe d’anti-héros pour leur faire dégommer du bad-guy à grand renfort de punchlines ciselées de second degré et de postures badass. Si le film de Cathy Yan parvient à dépasser le fiasco de David Ayer, il a tout de même la mauvaise idée de se placer dans le sillage de la franchise Deadpool qui surplombe le game depuis ses deux derniers cartons.

Car BIRDS OF PREY reprend tous les codes de son rival de chez Marvel sans jamais réussir à faire mieux. L’humour est souvent poussif, froidement calculé pour atteindre une subversion qui lui échappe. L’attitude coolesque est constamment surjouée, le film se contente de reproduire des recettes sans parvenir à les incarner réellement. Que ce soit lorsqu’il reprend la voix off volontiers méta qui s’adresse au public en brisant le quatrième mur ou bien dans les ralentis poseurs des scènes d’actions, les nombreux outils auxquels la réalisatrice à recours ressemblent à de la seconde main opportuniste. C’est bien dommage, car le film possède malgré tout son lot de bonnes idées lorsqu’il déroule son univers stimulant.

Photo du film BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN

Margot Robbie aka Harley Quinn © 2020 Warner Bros

La première réussite c’est de lorgner du côté du cinéma de Tarantino et de Guy Ritchie pour s’en servir comme d’un véritable canevas. Le geste va au delà de la simple citation ou du clin d’œil, Cathy Yan s’empare littéralement du langage cinématographique de ces deux auteurs et le digère dans la forme de son film. BIRDS OF PREY s’inspire des deux réalisateurs pour aborder le genre du film de gangsters. On les retrouve d’abord dans le récit éclaté, les retours en arrière et la narration anachronique. Le montage épileptique ou encore la manière d’utiliser les rembobinages, les arrêts sur image et les interventions parasites du narrateur pour présenter les multiples personnages et les ramifications des intrigues à tiroirs.

Sans oublier l’antagoniste principal, Ewan McGregor reprend non sans mal un personnage issu d’une longue lignée de gangsters psychopathes excentriques. Une mythologie tellement éculée qu’elle finit par matérialiser à elle seule le déclin des vieilles idoles vouées à l’auto-destruction. Le personnage de Huntress renvoie évidemment à Kill Bill pour une revisite subtile des représentations, quand l’alliance finale ressemble fortement au retournement de Death Proof  dans un motif intéressant de sororité. Il serait facile de continuer ainsi sur plusieurs paragraphes tellement les analogies foisonnent mais ça n’est évidemment pas le but.

L’intention semble limpide, la réalisatrice se réapproprie des gimmicks de mise en scène et joue avec des archétypes de réalisation pour donner une couleur à son film. C’est à travers ces artifices esthétisants qu’elle réussit à créer l’habillage pop foisonnant qui fait la force de BIRDS OF PREY. Et même si le récent Joker, en allant puiser dans le Nouvel Hollywood, marquait une expérimentation extérieure au DCU, force est de constater ici la même démarche du studio qui est retourné piocher dans l’histoire récente du cinéma pour façonner l’imaginaire, parfois marketing, de son film.

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Photo du film BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN

Harley Quinn se libère de l’emprise du Joker © 2020 Warner Bros

Mais BIRDS OF PREY ne fait pas que réutiliser un genre, il dialogue également avec les films qu’il convoque. Car si le film de Cathy Yan se donne des ambitions féministes c’est justement dans une relecture de ce cinéma d’homme souvent viriliste. La réalisatrice pense son film comme un contre champ possible à tout ce corpus. La question fondamentale qui traverse le film est la suivante, Harley Quinn parviendra-t-elle à exister sans la présence du Joker ? Arrivera-t-elle à passer du statut de subalterne à celui de personnage principal ? C’est tout le projet de Cathy Yan, qui s’empare d’un genre historiquement réservé aux hommes (même lorsqu’il raconte des histoires de femmes) pour le faire sien.

Cette problématique de l’émancipation, éminemment actuelle, abordée de cette manière dans un tel blockbuster est évidemment bien plus qu’anecdotique et en aucun cas simplement opportuniste. A travers le personnage, symboliquement interprété par Mary Elizabeth Winstead, la réalisatrice va jusqu’à se moquer gentiment de l’obsession vengeresse qui anime le cinéma de Tarantino. Histoire de préciser, puisque cela semble encore nécessaire, que le mouvement féministe qui traverse nos sociétés n’est pas une affaire de vengeance à l’encontre de la gente masculine, mais bien d’une lutte pour l’égalité droit.

Pour résumer, le film se prend les pieds dans le tapis lorsqu’il joue sur le même terrain que certains de ses rivaux, mais il parvient dans un second temps à déborder de ses cases pour grignoter un espace certes attendu mais non moins pertinent. BIRDS OF PREY propose bien plus que la simple poilade régressive dans laquelle on veut bien l’enfermer. Il entame également une revisite du cinéma qu’il convoque à l’aune des mutations de la société, tout en remplissant son cahier des charges de produit de consommation grand public, ce qui n’est, quoi qu’on en dise, pas une mince affaire.

Hadrien Salducci

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BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN - Critique
Titre original : Birds of Prey and the Fantabulous Emancipation of One Harley Quinn
Réalisation : Cathy Yan
Scénario : Christina Hodson
Acteurs principaux : Margot Robbie, Ewan McGregor, Mary Elizabeth Winstead, Jurnee Smollett-Bell, Rosie Perez, Ella Jay Basco
Date de sortie : 05 février 2020
Durée : 1h49min
3.0pas mal
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BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN – Critique

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