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Crédits : Leonine

LA ZONE D’INTÉRÊT, l’enfer périphérique – Critique

En racontant le quotidien de la famille d’un commanditaire d’Auschwitz en 1944, Jonathan Glazer réalise incontestablement le premier chef-d’œuvre de cette année 2024. Une déflagration qui fera date.

Le clivant Under The Skin fête ses dix ans au moment où le trop rare Jonathan Glazer présente LA ZONE D’INTÉRÊT à Cannes. Acclamé et récompensé par le Grand Prix, le film n’arrive que cette semaine dans les salles françaises, après un accueil unanime à Lyon lors du Festival Lumière. C’est tout de même avec une certaine réserve qu’on s’apprêtait enfin à découvrir LA ZONE D’INTÉRÊT, à l’heure où les récits sur l’Holocauste se multiplient, sans forcément convaincre. Fort heureusement, l’exploration d’un territoire inconnu du cinéma (le quotidien d’une famille nazie) donne lieu à une dérive sidérante, où la zone en question devient un véritable prétexte de mise en scène.

Glazer oppose une réalisation mutante aux productions engoncées dans le respect du genre, où prédomine souvent une dramaturgie larmoyante. Tout d’abord lyrique, rappelant certains poèmes romantiques dans un premier temps. Puis violente et acerbe, quand s’immisce dans la zone ce qui dépasse des camps. A mi-récit, la séquence de la promenade en barque illustre ce parti pris brillant. On basculerait presque dans le roman pastoral où le berger menant une vie champêtre, profite de ses enfants. Dans la continuité du prologue, la science du plan dont fait preuve Glazer magnifie le lieu où vit la famille. Les enfants traversent lacs, rivières et forêts avec joie. Une tonalité presque perverse tant on prend plaisir à découvrir chaque tableau de cette nature périphérique de l’horreur.

Cela rend d’autant plus dévastatrice a découverte d’un crâne flottant à la surface de l’eau, lors d’une de ces promenades familiales. Ce rappel glaçant est un écho sidérant aux bruits des détonations qui rythment le récit. On réfléchit encore si un film avait déjà fait preuve d’un tel traitement sémantique du son (peut-être Pacifiction). Des cris jusqu’aux tirs, des dialogues indicibles jusqu’au crépitement des flammes, ce microcosme terrifiant, qui rappelle les banlieues américaines de Sam Mendes, reste contaminé par l’effroi. Le père aimant de la zone est ainsi débordé par celui qu’il est derrière les murs du camp. Cette terrible inversion identitaire trouve un point d’ancrage percutant lorsque l’on voit l’officier brièvement rattrapé par ses crimes, lors d’un malaise où il recrache une substance noire. Un court rejet, ô combien significatif, dans la continuité d’une séquence où l’on voit dans le musée actuel d’Auschwitz les objets laissés derrière eux par ceux qu’on entend souffrir tout au long du film.

Se substituent à ce réalisme froid quelques partis pris expressionnistes, qu’on questionne au début. La transition vers le négatif accompagnée par la narration de l’officier est douteuse : on ne sait s’il s’agit d’une matérialisation visuelle du conte raconté à l’enfant ou d’une continuité bien réaliste du récit. Fort heureusement, Glazer apporte des réponses précises qui ne trahissent jamais sa politique. On admire toutefois davantage ces cinq plans sur les fleurs avant un fondu au rouge, dans lesquels il est possible de lire un regard, celui des cris qu’on entend perpétuellement. A l’instar de la fumée qui occupe toujours une place en arrière-plan, toutes formes de vie et de beauté se consument, et sont rattrapées par la déliquescence du monde et de l’époque.

Évoluant avec souplesse de plans fixes bucoliques (on pense à certaines peintures d’Adolphe Tidemand) à des instants plus durs où la réalité rattrape les personnages, Glazer évite tous les écueils nauséeux du film de genre. A cet égard, il est bien aidé par la prestation magistrale de Sandre Hüller en mère qui ne veut plus quitter les conforts de la zone. Ses déplacements, ses mouvements, lui donnent presque l’apparence d’un freak, une créature démoniaque bloquée dans cette contre-utopie. Dans ce monde bourgeois aux contours lisses, se matérialise une terrifiante inversion, très subtile au travers des traits de cette matriarche. Quelques courts échanges. Un bruit. Des enfants symptomatiques de l’horreur qui les entoure. Un regard finalement très opaque, avec très peu de musique (même si le thème global résonne encore longtemps après la projection) sur un territoire inconnu où l’effroi reste toujours sous-jacent. Du très grand cinéma.

Emeric

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