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Michael Anderson réinvente le monstre des mers avec ORCA – Critique

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Inspiré par l’œuvre de Steven Spielberg, ORCA réinvente la notion de monstre des mers en dépassant la simple histoire de vengeance.

Dans un article pour La Septième Obsession (N°34), Dick Tomasovic l’affirme : « On n’oublie jamais son premier requin. » Qu’il s’agisse du squale de La Petite Sirène, du grand blanc des Dents de la Mer ou celui, plus artificiel, de Retour vers le futur 2, la première rencontre avec le requin est toujours mémorable. Comme si, en croisant ce prédateur suprême, on savait que l’on regardait la mort dans les yeux… Toutefois, personne ne se souvient de sa première rencontre avec un orque. Espèce plus dangereuse que le requin, l’orque est pourtant souvent anecdotique, relégué quelque part entre Sauvez Willy (1993) et De rouille et d’os (2012). Pourtant, des années auparavant, des producteurs avaient tenté de remplacer le requin dans nos mémoires traumatiques en utilisant cet animal dans ORCA

Dans ce film de Michael Anderson (1977), la bête ne veut pas dévorer le monde mais un seul homme : le capitaine Nolan. Ce dernier, qui traquait un requin pour rembourser l’hypothèque de son bateau et rentrer en Irlande, changea de projet lorsqu’il rencontra la biologiste Rachel Bedford. Cette dernière, incarnée par Charlotte Rampling, lui avait fait prendre conscience de la valeur d’un orque capturée vivant. Le pêcheur décida donc de retourner en mer capturer un animal mais il finit par tuer une orque femelle et sa progéniture. Depuis, l’orque mâle cherche à se venger du capitaine et de son équipage, mettant en danger la communauté locale.

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Bien loin des Dents de la mer dont le requin attaquait indifféremment tous les baigneurs d’Amity Island, le monstre d’ORCA n’agit pas au hasard mais cherche à venger sa partenaire. Ainsi, le film s’inscrit pleinement dans l’héritage du natural horror. Là où l’eco-horror met l’accent sur l’importance de préserver la nature, le natural horror se contente de mettre en scène des forces naturelles constituant une menace pour les humains. Ainsi, dans ce sous-genre, la nature est peut-être « le méchant » mais elle n’en est pas moins sympathique. D’une manière ou d’une autre, les victimes méritent toujours leur sort. Et ORCA ne déroge pas à la règle car le capitaine Nolan (Richard Harris) a beau souffrir de voir son équipage se faire dévorer, notre sympathie ne va pas vers lui mais bien envers l’orque. 

Grâce à un anthropomorphisme frôlant parfois le kitsch, l’orque d’ORCA pleure la mort de sa partenaire et fait le deuil de sa progéniture jamais née. Il traque l’équipe du capitaine Nolan, détruit des bateaux, démolit une maison et fait même exploser une raffinerie. Contrairement au grand blanc, il n’est pas seulement une machine à tuer puisque le scénario s’applique à susciter de l’empathie de la part du public. Allant jusqu’à faire des gros plans dramatiques de l’œil de l’animal, ORCA transforme une simple créature marine en un véritable personnage. Même lorsqu’il évoque sa famille, le capitaine Nolan n’a jamais la même profondeur émotionnel et reste réduit à un pêcheur uniquement guidé par son hybris

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Progressivement, un parallèle se construit entre l’orque et le capitaine Nolan : l’orque ne retrouvera pas sa famille et le pêcheur non plus. Comme le souligne spirituellement Jacob (Will Sampson), « on pêche contre soi-même. » Mais alors que les deux antagonistes se dirigent vers leur confrontation finale, ORCA ne prend jamais le parti du capitaine. Pourtant, Nolan n’est pas une mauvaise personne. Il est simplement un homme bon et ambitieux qui a fait une erreur irréparable et paiera pour cela. Souvent comparé aux Dents de la mer, le long-métrage se rapproche finalement plus d’une autre œuvre de Steven Spielberg, Jurassic Park : l’histoire d’un homme motivé par l’appât du gain et dont l’ego le laisse penser qu’il peut maîtriser une nature vindicative.

ORCA ne serait-il donc pas le meilleur film de jawsploitation sans vraiment en être un ?

En 1977, lorsque le producteur Dino De Laurentiis avait contacté Luciano Vincenzoni en lui demandant de « trouver un poisson plus dur à cuire et plus terrible que le grand blanc », il pensait créer une œuvre à la hauteur de Steven Spielberg. Bien que parfois prévisible et souvent kitsch, ORCA est finalement un film plus complexe que les Dents de la mer . Il réussit ainsi à proposer un scénario pouvant être lu différemment selon les publics : c’est à la fois un film d’action et d’horreur, une fable écologique mais aussi un constat sur les relations de genre. Délicieusement vintage avec ses effets spéciaux rudimentaires, ORCA réussit ainsi à réinventer la figure du monstre marin en suggérant que le véritable danger des mers n’est autre que le pêcheur.

Sarah Cerange

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Titre original : Orca
Réalisation : Michael Anderson
Acteurs : Richard Harris, Charlotte Rampling, Will Sampson, Bo Derek, Keenan Wynn, Robert Carradine
Date de sortie : 21 décembre 1977
Durée : 92 minutes
3.5
Délicieusement kitsch

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