SOUL, Jazz et existentialisme – Critique

Initialement prévu pour l’été, le dernier Pixar débarque sur Disney+ en guise de cadeau de Noël labellisé Sélection Officielle Cannes 2020.

Joe Gardner, un professeur de musique qui rêve de devenir musicien professionnel de Jazz, voit sa vocation se réaliser lors d’une audition dans un célèbre club new-yorkais. Malheureusement un accident vient anéantir ces récents espoirs puisqu’il décède subitement, aussitôt envoyé dans le « Grand Avant », un entre-deux mondes où les jeunes âmes reçoivent leur initiation. C’est ici que leur sont attribués les caractères et les spécificités qui les définissent, juste avant d’être envoyées sur Terre pour entamer leur nouvelle vie. Joe y fait la rencontre de 22, une âme dépressive qui ne comprend pas le sens de l’existence, le professeur devra assumer son rôle de guide et la convaincre d’accepter la vie.

© 2020 Disney/Pixar

SOUL est signé par le duo de réalisateurs composé de Kemp Powers et Pete Docter, également  présent au générique de Monstres & Cie (2001), Là-Haut (2009) et Vice Versa (2015). Dans Vice Versa il était déjà question d’un monde intérieur dans lequel  les émotions étaient personnifiées. On retrouve ici cette même mécanique du monde souterrain qui régit nos aspirations les plus profondes. Le fonctionnement de l’allégorie y est tout aussi ludique et foisonnant.

Les âmes du « Grand Avant » sont accompagnées dans leur initiation par des mentors chargés de leur transmettre une flamme, faire naître en elles un attrait particulier pour la vie. Joe aperçoit dans cette nouvelle fonction, l’opportunité d’une brèche pour rentrer chez lui et réaliser son rêve d’enfant. Mais la jeune apprentie ne comprend pas l’ardeur de son professeur, un tel intérêt pour la vie sur Terre l’intrigue. Joe et 22 sont deux anomalies au cœur du système, ensemble ils vont braver les interdits et traverser les frontières entre les deux mondes.

© 2020 Disney/Pixar

Nos caractères définissent-ils ce que nous sommes ? De quoi est faite notre essence ? Autant de questions auxquelles le film cherche des réponses. La vie de Joe semble déterminée par sa passion du Jazz. Mais si elle élève l’âme, à l’image d’une séquence de transe dans un espace intermédiaire entre la Terre et le monde des âmes, elle peut aussi enfermer les individus et les condamner à une errance névrotique. La passion se transforme alors en obsession aliénante. Tandis que Joe se démène pour récupérer son enveloppe terrestre, 22 fait l’expérience de la vie sur Terre. Avec cette volonté d’approcher des sujets profonds et graves à l’intérieur d’un film pour toute la famille, SOUL s’inscrit dans la pure tradition du studio Pixar. A travers son exploration de la mort et du sens de la vie, le récit que mettent en place Pete Docter et Kemp Powers illustre des concepts philosophiques tels que l’existentialisme et l’hédonisme.

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Joe prend soudainement conscience de la vacuité de son rêve, le film nous invite à redéfinir notre existence autour d’un état davantage contemplatif de la vie. Dans l’ensemble, les films Pixar traitent souvent des passages dans les différents âges de la vie. Si la franchise Toy Story s’intéressait à la fin de l’enfance, Vice Versa décortiquait le chamboulement émotionnel de l’adolescence quand Là-Haut abordait frontalement le deuil et la mort. SOUL nous parle de transmission et d’héritage culturel. Le plus grand défi pour Joe n’est pas de réussir son concert, mais d’accepter enfin la fonction qu’il occupe depuis le début de l’histoire, celle de professeur. Devenir un véritable mentor, telle est la finalité de son itinéraire de héros.

© 2020 Disney/Pixar

L’animation du film est exceptionnelle, le studio fait une nouvelle fois la démonstration de son savoir-faire. SOUL met en scène deux mondes totalement différents avec, d’un côté la Terre, de l’autre le « Grand Avant ». Les réalisateurs s’amusent à matérialiser deux espaces radicalement distincts esthétiquement dont il est absolument réjouissant de basculer de l’un à l’autre. New-York et son ambiance jazzy sont d’un infini régal. On ne peut que regretter qu’un si bel écrin ne puisse bénéficier d’une exploitation en salle tant il semble avoir été conçu pour le cinéma. Mais pour Disney le cap est désormais fixé et c’est hélas une habitude avec laquelle il va falloir composer.

Hadrien

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Titre original : Soul
Réalisation : Pete Docter, Kemp Powers
Scénario : Pete Docter, Mike Jones, Kemp Powers
Acteurs principaux : Omar Sy, Camille Cottin, Ramzy Bedia
Date de sortie : 25 décembre 2020
Durée : 1h40min
4
EXCELLENT

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