S’il demeure un scénariste de science-fiction inspiré, Andrew Niccol n’est plus vraiment un réalisateur qui crée l’événement. Sorti discrètement sur Netflix cette semaine, ANON affiche les ambitions limitées du cinéaste.

Andrew Niccol fait partie de ces cinéastes maniant avec intelligence les genres cinématographiques dans les années 90 et 2000, et qui hélas peinent aujourd’hui à monter des projets à la hauteur de leurs œuvres notables (Bienvenue à Gattaca, Lord of War ou encore The Truman Show, dont il signa le scénario). Netflix semble s’être fait une mission d’accueillir ces cinéastes aux carrières vacillantes, dont le nom reste pourtant une gageure pour les amateurs de cinéma de genre, surtout pour les trentenaires qui ont forgé leur cinéphilie avec ces auteurs, et qui, coïncidence troublante, représentent aujourd’hui le cœur de cible de la plateforme.

A la recherche d’alternative aux productions actuelles d’Hollywood, les spectateurs de Netflix s’attendent à retrouver avec ANON, le savoir-faire du réalisateur néo-zélandais en matière de concepts science-fictionnels malins, appliquant avec un effet loupe un regard sur les enjeux scientifiques et sociétaux de notre époque. Quelque entre Final Cut et Minority Report sur le nuancier cauchemardesque des technologies, le film de Niccol met en images un monde fourmillant d’informations cybernétiques, au point que la police consulte un deux temps-trois mouvements les documents extraits des cerveaux connectés pour qu’une affaire soit aussitôt résolue. C’était sans compter sur un tueur qui parasite l’interface nommée “éther” et relance ainsi l’intérêt d’être enquêteur pour un Clive Owen plus désabusé que jamais. Ce contexte digne de Black Mirror épouse donc la forme d’un polar néo-noir (certains puristes vont jusqu’à utiliser le terme tech-noir), qui assume autant la figure du flic cafardeux que celle de la femme fatale incarnée par une Amanda Seyfried aussi mystérieuse que séduisante.Rendre un dispositif visuel aussi complexe n’était pas évident, et pourtant le Niccol a réussi à garantir la compréhension du récit sur l’ensemble du film. Pour cela, il a eu recours à une direction artistique homogène et à des couleurs désaturées permettant à l’image de rester lisible, même quand l’interface se superpose au décor et que les actions sont commentées par des données. Un dispositif qui tout en portant l’originalité du scénario, limite malheureusement son intérêt cinématographique. En effet, si on ajoute à cette direction artistique fonctionnelle, les cadrages en point du vue subjectif, on a bien souvent la désagréable sensation d’être devant un jeu vidéo qu’on ne peut pas contrôler, plutôt que devant un instant de cinéma.

Comme c’était déjà le cas avec Time Out, on a l’impression que Niccol élabore des concepts science-fictionnels qui restent justement à l’état conceptuel à l’écran, manquant cruellement de chair et de vie. Après des révélations décevantes dans le dernier quart d’heure, la scène finale trahit d’ailleurs les incertitudes de Niccol réalisateur face aux idées de Niccol scénariste. Avec cette fin qui appuie le propos et le souligne par une musique électro convenue, digne d’une dystopie pour adolescents, le réalisateur semble nous avouer qu’il ne sait pas comment conclure son film.ANON disposait pourtant d’éléments cinégéniques, notamment avec ce jeu du chat et de la souris entre le flic et la criminelle, schéma typique du film noir qui trouvait ici des formes de manipulation et de séduction nouvelles. De quoi faire écho au paradoxe intéressant de la société dans laquelle prend place le récit, prônant la transparence et le suivi constant de l’identité, mais dont la technologie permet justement de voir à travers les yeux des autres, de superposer les mémoires et les points de vue, au point de brouiller les identités. On reste sur notre faim en imaginant ce qu’un De Palma ou un Verhoeven aurait pu faire de ce concept.

Arkham

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Titre original :Anon
Réalisation :Andrew Niccol
Scénario :Andrew Niccol
Acteurs principaux :Clive Owen, Amanda Seyfried et Colm Feore
Date de sortie :le 4 mai 2018 sur Netflix
Durée : 1h40min
2.5Note finale
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