Pour vous aider à faire votre choix dans la multitude de séries B engendrées par le cinéma d’exploitation ces cinquante dernières années, voici une sélection de films se démarquant par leur haut degré d’improbabilité, leurs fautes de goût assumées, et leurs qualités de chef-d’œuvres méconnus.

LES CLOWNS TUEURS VENUS D’AILLEURS

Sorti en 1988, réalisé par Stephen Chiodo, avec Grant Cramer et Suzanne Snyder

Si bien souvent, les films d’exploitation abusent de notre confiance en nous vendant un délire visuel qui en vérité n’apparaîtra que quelques minutes à l’écran, les Chiodo Brothers ont le mérite d’utiliser avec générosité et jubilation leur concept horrifique. Un concept judicieusement résumé par le titre LES CLOWNS TUEURS VENUS D’AILLEURS, qui marie dans un baroque assumé la peur des bouffons grimaciers et des aliens en villégiature dans les petites villes de campagne américaines. Il faudra d’ailleurs un jour d’apocalypse, recenser tous les coins perdus des USA ayant subi une invasion extraterrestre depuis les années cinquante, où il était alors impossible pour un couple de lycéens de se peloter dans un cabriolet sans voir débarquer une soucoupe volante.

Tous en élaborant un pur produit pop des années 80, Les Chodio Brothers sont totalement conscients de s’inscrire dans une lignée de cinéma du samedi soir et nous délivrent une sorte de barbe-à-papa visuelle dont on appréciera justement le côté fun et naïf, surtout dans l’utilisation de matte painting old school. Sculptures en ballon, ventriloquie, ombres chinoises, LES CLOWNS TUEURS VENUS D’AILLEURS exploite totalement l’imagerie collective associée au clown pour transformer chaque élément grotesque en effet horrifique. Le genre de friandise piquante et gluante qui nous fait regretter la grande époque des drive-in.

BAISER MACABRE

Sorti en 1980, réalisé par Lamberto Bava, avec Bernice Stegers et Stanko Molnar

Lamberto Bava est la définition même d’un enfant de la balle, traînant depuis l’adolescence sur les tournages de son père Mario Bava, figure de proue du cinéma fantastique italien, avant de devenir l’assistant de Dario Argento et Ruggerio Deodato. En passant à la réalisation avec BAISER MACABRE, Bava Junior signe un film désarmant d’invraisemblance, une œuvre dont il est difficile de dissocier la part de ridicule de la poésie macabre, tant sa cruauté n’a d’égale que sa naïveté. Dans les premières minutes, le film apparaît lumineux, baignant dans le soleil de la Nouvelle-Orléans sur un air de saxophone digne d’un téléfilm érotique. Mais cette légèreté s’estompe à mesure que l’intrigue s’installe dans le décor mortifère de l’appartement, dans l’enceinte de l’horreur intimiste.

Une femme folle enfermée dans un décor oppressant, un voisin aveugle, une petite fille démoniaque, de la nécrophilie suggérée, ça fait pas un peu beaucoup pour un seul film ? Clairement oui ; il est donc préférable d’apprécier l’invraisemblance de cette histoire par le prisme du merveilleux, et d’estimer qu’en pénétrant dans cet appartement aux boiseries sombres et à la décoration désuète, le film a franchi le seuil invisible d’un autre univers. Un univers de conte gothique et cruel dont l’idée la plus poétique est d’avoir confié le rôle de protagoniste à Stanko Molnar, un acteur à la grâce angélique et au regard bleu éthéré. D’ordinaire dans le cinéma de genre, ce type de physique est utilisé comme élément de mystère, comme objet de fascination étrangement autre; dans BAISER MACABRE on suit le point de vue de ce jeune homme aveugle, et c’est avec lui que le spectateur partage l’émotion de ce conte sur la cohabitation de deux solitudes.

LIFEFORCE


Sorti en 1985, réalisé par Tobe Hooper, avec Steven Railsback et Mathilda May

Cet été, Tobe Hooper quittait le monde des vivants. Avec Massacre à la tronçonneuse, le cinéaste signait une œuvre radicale, transgressive et traumatique qui s’imposa immédiatement comme un jalon dans l’histoire du cinéma d’horreur. Dès lors, il fut impossible de dissocier la notoriété de Hooper de celle de son chef-d’œuvre dans la mémoire du grand public. Cependant, si la carrière du réalisateur texan fût quelque peu tumultueuse, on oublie qu’il en ressort d’autres œuvres ambitieuses telles que LIFEFORCE, fruit d’une collaboration avec le duo de producteurs Golan/Globus. Pour le coup, il est fort peu approprié de qualifier ce film de science-fiction apocalyptique de série B, puisque les deux nababs de la Cannon confièrent un budget de blockbuster au cinéaste, afin qu’il adaptât le roman Space Vampires de Colin Wilson. Quand on connaît le titre de l’œuvre originale, on comprend mieux le parcours esthétique du film perçant sous la coquille cosmétique des années 80, et de leurs merveilleuses lumières roses.

L’intrigue s’articule ainsi autour d’un objet de fascination, incarné par une toute jeune Mathilda May en partant d’une ambiance de thriller spatial, justifiée par la collaboration au scénario de Dan O’Bannon, le créateur d’Alien. Puis progressivement, en regagnant la Terre et en venant hanter la vieille Angleterre, l’histoire revêt les habits de cérémonie du film fantastique dans ce qu’il a de plus patrimonial, de plus folklorique diraient les esprits critiques. De l’invasion alien, le récit se dirige ainsi vers un final digne du film de vampires, avec crypte, robe blanche onirique, chauve-souris et tout ce qu’il faut pour raviver l’âme en sommeil de ce bon vieux Londres gothique.

HOLLYWOOD CHAINSAW HOOKERS

Sorti en 1988, réalisé par Fred Olen Ray, avec Linnea Quigley et Michelle Bauer

Difficile de débroussailler la filmographie du stakhanoviste Fred Olen Ray riche de plus de cent films, dont certains se résument parfois à trois playmates filmées dans un jacuzzi. Tourné pour 23 000 dollars seulement, HOLLYWOOD CHAINSAW HOOKERS mise tout sur l’irrésistible programme que promet son titre : des putes et des tronçonneuses, que demander de plus ? Un titre qui lorgne non sans humour vers Texas Chainsaw massacre (titre original de Massacre à la tronçonneuse), et qui se permet même d’engager Gunnar Hansen, le colosse du film culte de Tobe Hooper dans le rôle improbable d’un gourou de secte prêchant la transcendance physique et spirituelle par la vertu de la tronçonneuse. Alors certes on peut taxer Olen Ray de cynisme et l’accuser de recourir au ridicule pour anéantir la dernière bribe d’ambition à laquelle pourrait prétendre cette série B, à tendance Z.

Conscient qu’il réalise un produit d’exploitation qui ne peut en aucun cas rivaliser avec les classiques du cinéma, Olen Ray choisit l’angle de la parodie en habillant son récit des codes du film noir. Ainsi, chaque élément composant cette enquête dans un Los Angeles craspec et dégénéré trouve un intérêt dans sa comparaison avec les classiques Hollywood des années 40. La nudité des starlettes hystériques et la violence tout sauf calibrée deviennent non seulement supportables mais franchement amusantes, grâce à leur combinaison détonante avec une voix off à la Raymond Chandler débitant des répliques volontairement nanardesques.

SOCIETY

Sorti en 1989, réalisé par Brian Yuzna, avec Billy Warlock et Devin DeVasquez

Comme Hollywood Chainsaw hookers, SOCIETY plonge dans les zones d’ombre de L.A, en installant son récit dans le quartier huppé de Beverly Hills. Brian Yuzna producteur de Re-Animator, passe derrière la caméra pour délivrer un portrait au vitriol des nantis californiens accros au carotène et à la laque à cheveux. Il faut avouer que dans les premières minutes, on plisse douloureusement les yeux en éprouvant les cadrages tristounets et l’acting digne d’un soap opera. Un soap opera ? Bon sang mais c’est bien sûr ! Cette réalisation, cette esthétique, ces physiques d’acteurs, tout ça est là pour évoquer un soap opéra, une niaiserie télévisuelle qui joue sur nos fantasmes quant à la vie de famille des riches. On supporte dès lors la qualité discutable du spectacle, en comprenant que le vernis va progressivement se craqueler et faire basculer le récit vers l’angoisse, puis l’horreur.

Progressivement, puisqu’une majeure partie de l’intrigue s’inscrit davantage dans le genre du thriller, et n’exacerbe la paranoïa du protagoniste et du spectateur que par touches d’étrangeté disséminées çà et là, reposant sur d’habiles effets de dissonances, dans la position d’un corps, la contorsion d’un membre qui pourrait simplement passer pour une hallucination furtive. Ainsi, le tournant vers le genre du body horror est longtemps retardé ; il nous est annoncé une orgie, une histoire d’inceste et on appréhende le pire à mesure que la tension monte. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le final, festival de pratical effects signé par le maquilleur Screaming Mad George confine à ce que l’on aura vu de plus dégoûtant et de plus malsain à l’époque au cinéma.

Arkham

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