Ayant découvert MARTIN SCORSESE avec le début des années 2000 et ses films avec Di Caprio, je résumais l’auteur à ses fameux gimmicks (utilisation narrative de la musique extradiégétique, arrêts sur image etc.), ainsi qu’à sa propension à nous immerger dans des univers mafieux et violents ou parfois dans la psychologie de personnages… Mais à reprendre du début, je me rends compte qu’il représente BIEN PLUS que cela.

Scorsese, c’est également un réalisateur sensible développant avec cohérence et continuité de nombreuses obsessions très personnelles. Ainsi sa carrière de metteur en scène de longs métrages peut se diviser en deux parties très riches, avec Les Affranchis en point d’orgue.

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En premier lieu, il y a dans le cinéma de Scorsese une fascination pour le rapport hommes/femmes.

Le metteur en scène le présente sans ambiguïté dès son premier film Who’s That Knocking at my door: pour lui et ses valeurs italo-américaines centrées sur la religion et la famille, la femme ne peut être qu’une Maman ou une Broad – putain en français.
Machiste et binaire, ce postulat n’en n’est pas moins source d’interrogations pour le réalisateur. Il le déclinera à travers de beaux portraits de femmes et/ou auscultations de relations amoureuses, dans chacun des films suivants jusqu’à La Valse des Pantins, avant de laisser sensiblement ce sujet de côté.
Alice n’est plus Ici, est de ce point de vue l’un de ses films les plus fascinants, tant par l’émotion qui en émane que cette empathie dont fait preuve le réalisateur envers la condition de la femme, à l’intérieur d’une société assez réductrice.

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Les premiers films du réalisateur nous immergent donc dans un quotidien, pour mieux servir un discours intime et personnel sur un certain déterminisme de genre. À partir de Taxi Driver, Scorsese cherchera cela dit à assimiler cet intime au reflet d’une société (post-Vietnam) en péril, et pleine de questionnements. La psychologie du personnage devient centrale et Robert de Niro commence à personnifier les obsessions du cinéaste. De ces associations naissent trois films MAJEURS du 7ème art: Taxi Driver, Raging Bull et La Valse des Pantins, chacun ayant laissé une trace indélébile dans l’inconscient collectif pour une raison différente. Le premier pour son portrait sociétal d’une Amérique en perdition, à travers l’exploration de l’intime d’un personnage paumé, la psychologie inhérente à ce postulat, et la fantastique ville-personnage de New York; Le second par cette façon unique de montrer un parcours psychologique exclusivement par la mise en scène, l’image et  l’obsession, personnifiés par Jake La Motta. Le dernier, dans cette adéquation dérangeante entre folie, intime, héritage culturel et rapport à l’image.
À noter que la mise en scène Scorsese-ienne atteint son paroxysme avec Raging Bull, donnant le cahier des charges des gimmicks de son cinéma et générant de nombreux followers voire copycats, tels que Fincher, Tarantino, David O. Russell, Jean Marc Vallée, Damien Chazelle et bien d’autres.
Pour poursuivre ce sujet de l’influence d’un auteur sur d’autres, on peut pointer avec évidence les références formelles ou thématiques à Kurosawa, Powell/Pressburger, Fukasaku, Duvivier, Melies, Hitchcock, ou Hawks dans le cinéma de Scorsese, même s’il est difficile d’être exhaustif sur ce point, au vu de son impressionnante cinéphilie.

Cela dit, comme souvent avec l’inconscient collectif culturel et avec l’ensemble de ces auteurs sus-mentionnés, il y a ce fascinant phénomène de réappropriation des influences, au service d’un discours personnel.

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Nous parlions plus haut de valeurs centrées sur la religion et famille… Pourtant ces deux motifs se font assez discrets dans la première partie de sa filmographie (jusqu’aux Affranchis).

La Dernière tentation du Christ sera ainsi la première occasion de parler véritablement de religion ; savoir que Scorsese aspirait à devenir prêtre avant de se tourner pleinement vers le cinéma permet d’imaginer les questionnements existentiels qui travaillèrent l’auteur au moment de trouver sa vocation, questionnements d’ailleurs illustrés métaphoriquement par le climax de ce film précis. Puis, presque 20 ans plus tard, Scorsese explorera à nouveau ce thème du sens de la foi (jusqu’à, in fine, donner son propre avis sur le sujet), avec Silence, en y consacrant toute une science du récit et de la mise en scène. En dehors de ces deux films, la présence de la religion dans l’œuvre du cinéaste reste toutefois subtile, reléguée aux images symboliques – la crucifixion de David dans Boxcar Bertha, des crucifix « importants », ou encore différentes « trinités » -, ainsi qu’à certains thèmes très christiques, comme celui de la rédemption ; la religion est clairement partie intégrante des valeurs italo-américaines du réalisateur, et malgré son souhait d’en explorer les sens et implications à un niveau finalement assez personnel, Scorsese traitera toujours ce sujet avec déférence. 

Quant à la famille, son arrivée au premier plan dans Les Affranchis marque une nouvelle ambition dans le cinéma de Scorsese : celle du divertissement d’auteur centré autour de son récit. Présenter une famille par le détail, nous immerger dans son organisation et son fonctionnement ; raconter en parallèle un récit d’ascension et de déchéance, et déconstruire le mythe familial via une certaine violence… Ces motifs, embryonnaires dans Mean streets seront ensuite récurrents dans la seconde partie de la filmo de Scorsese bien que les contextes, intrigues et ambitions des différents films soient résolument éloignés.

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En donnant les pleins pouvoir au récit (par opposition au portrait psychologique) tout en continuant à explorer quelques-unes de ses thématiques personnelles, le microcosme italo-américain prend une ampleur mythologique qui sera déclinée plus tard dans le non moins excellent Casino. Par extension, on pourrait même considérer Gangs of New York, Les Infiltrés, Boardwalk Empire et Le Loup de Wall Street comme des épisodes ou même carrément des saisons vu leur richesse, d’une série TV sur les mafias. Italo-américaines, Irlandaises, pègre et enfin traders ; le changement de décor masque à peine l’ambition commune : explorer et déconstruire un thème précis. Ce fut la famille dans Les Affranchis, c’est l’affectif dans Casino. Ce sera la transmission/filiation, la dualité, la politique et l’économie dans les quatre suivants !

En parallèle de ce véritable univers mafieux, Scorsese alterne depuis 1990 avec d’autres films plus disparates, centrés chacun sur un thème ou un genre de cinéma précis, une obsession personnelle du réalisateur.
Les nerfs à vif  est ainsi un pur divertissement centré sur ses personnages et son scénario (à l’instar des Infiltrés) dont on retiendra surtout le génial bad guy interprété par Robert de NiroLe Temps de l’innocence nous immerge dans le New York aristo de fin de 18e siècle, pour une sensible étude de l’indécision affective que n’aurait pas reniée Jane Campion ; Aviator intronisera Leonardo Di Caprio comme successeur de Robert de Niro en tant que vecteur d’exploration psychologique d’un humain troublé par son époque; Shutter Island continuera sur cette voie psychologique avec Di Caprio mais à l’instar des  Nerfs à Vif, du point de vue du divertissement – polardeux et fantastique précisément. Enfin sera un hommage naïf mais très sincère au cinéma et à ses illustres maîtres (notamment Georges Méliès) ; le film est ainsi respectueux et jamais cynique ou orgueilleux comme pouvaient l’être La Valse des Pantins ou Les Nerfs à Vif.

Des longs métrages de fiction qui permettent au spectateur ainsi qu’à Scorsese lui-même, de ne jamais se laisser enfermer dans ses thèmes de prédilections (famille, univers mafieux), tout en explorant littéralement, d’autres surprenants horizons, étoffant un portrait complexe de cet auteur fascinant.
Au final, il est important de considérer MARTIN SCORSESE à travers l’ensemble de sa carrière et non pas seulement quelques-uns de ses films. L’auteur développe ainsi avec une cohérence inouïe de nombreuses thématiques personnelles, tout en révolutionnant patiemment le 7e art par sa mise en scène coup de poing et immersive au service d’explorations psychologiques ou de divertissements riches et stimulants.

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Le FESTIVAL LUMIÈRE sur Le Blog du Cinéma

MARTIN SCORSESE: portrait de l’auteur

Ses films présentés au festival Lumière :

Hugo Cabret (2011)
Les Infiltrés (2006)
Casino (1995)
Le Temps de l’innocence (1993)
Les Nerfs à vif (1991)
Les Affranchis (1990)
La dernière tentation du Christ (1988)
La valse des pantins (1982)
Raging Bull (1980)
New York, New York (1977)
Taxi Driver (1975)
Alice n’est plus ici (1974)
Mean Streets (1973)
Boxcar Bertha (1972)
Who’s that knoocking at my door (1968)

Chroniqués par Georgeslechameau

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8 films de JULIEN DUVIVIER

JULIEN DUVIVIER: portrait de l’auteur

David Golder (1931)
La Bandera (1935)
La Belle Équipe (1936)
Pépé le Moko (1937)
Un carnet de bal (1937)
La fin du Jour (1939)
Panique (1946)
– Le Temps des Assassins (1956)

Chroniqués par Louis

DUVIVIER

AKIRA KUROSAWA : les anées Toho

Le Plus dignement (1944)
Qui marche sur la queue du tigre… (1945)
Je ne regrette rien de ma jeunesse (1946)
Un merveilleux dimanche (1947)
L’Ange ivre (1948)
Chien enragé (1949)
– Vivre (1952)
– Vivre dans la peur (1955)
La Forteresse cachée (1958)
Les Salauds dorment en paix (1960)
Yojimbo – Le Garde du corps (1961)
Sanjuro (1962)
– Entre le ciel et l’enfer (1963)

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quelques films: BAD BOY BUBBY, BLADE RUNNER

BAD BOY BUBBY, de Rolf de Heer (1993)

Affiche du film BAD BOY BUBBY

Titre original : Bad Boy Bubby
Réalisation :
Rolf de Heer
Scénario :
Rolf de Heer
Acteurs principaux :
Nicholas Hope, Claire Benito, Ralph Cotterill, Carmel Johnson
Pays d’origine : Australie, Italie
Sortie :
1 novembre 1995 – (ressortie 11 novembre 2015)
Durée :
1h48
Distributeur :
Nour Films
Synopsis :
Séquestré depuis sa naissance par sa mère, Bubby ignore tout du monde extérieur qu’il croit empoisonné. L’arrivée de son père, dont il était tenu éloigné, va bouleverser sa vie. Le jour de ses 35 ans, Bubby va enfin sortir. Il découvre un monde à la fois étrange, terrible et merveilleux où il y a des gens, de la pizza, de la musique et des arbres…

« Ode à la différence et à l’acceptation de soi. »

Bad Boy Bubby

 

BLADE RUNNER, de RIDLEY SCOTT (1982)

Blade Runner

CRITIQUE

Titre original : Blade Runner
• Réalisation : Ridley Scott
• Scénario : Hampton Fancher et David Webb Peoples sur une idée de Philip K. Dick (adaptation de la nouvelle « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »
• Acteurs principaux : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young
• Pays d’origine : USA
• Sortie : 
15/09/1982, ressortie restaurée le 14 octobre 2015
• Durée : 1h57min
• Distributeur : Warner Bros. France
• Synopsis : 
Deckard, flic alcoolique en pré-retraite, est sommé de reprendre du service en tant que « Blade Runner » pour dérouiller des « Répliquants » en fuite, dissimulés quelque part dans un Los Angeles condamné à une nuit pluvieuse éternelle.

« Noir et sensuel, le film plonge le spectateur dans un abîme, au fil d’une enquête au rythme imprévisible. »

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« Avec BLADE RUNNER, Ridley Scott démontre sa capacité à faire du neuf avec de l’ancien. Un paradoxe pour un film de science-fiction.« 

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la cinéaste russe LARISSA CHEPITKO

Un portrait de la Larissa Chepitko

– Chaleur torride (1963)
– Les Ailes (1966)
– Le Début d’un siècle inconnu – composé de L’Ange d’Andrei Smirnov et de Le Pays de l’électricité de Larissa Chepitko (1967)
Toi et moi (1971)
L’Ascension (1977)

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LUMIERE 2014 : Pedro Almodovar

Programmation de Lumière 2014

PEDRO ALMODOVAR :

Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier de Pedro Almodóvar (Pepi, Luci, Bom y otras chicas del montón, 1980, 1h18)
Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? de Pedro Almodóvar (¿ Qué he hecho yo para merecer esto !!, 1984, 1h47)
Matador de Pedro Almodóvar (1986, 1h45)
La Loi du désir de Pedro Almodóvar (La ley del deseo, 1987, 1h44)
Femmes au bord de la crise de nerfs de Pedro Almodóvar (Mujeres al borde de un ataque de nervios, 1988, 1h35)
Attache-moi ! de Pedro Almodóvar (Átame !, 1989, 1h41)
Talons aiguilles de Pedro Almodóvar (Tacones lejanos, 1991, 1h53)
La Fleur de mon secret de Pedro Almodóvar (La flor de mi secreto, 1995, 1h42)
En chair et en os de Pedro Almodóvar (Carne trémula, 1997, 1h39)
Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar (Todo sobre mi madre, 1999, 1h40)
Parle avec elle de Pedro Almodóvar (Hable con ella, 2002, 1h52)
Volver de Pedro Almodóvar (2006, 2h02)
La piel que habito de Pedro Almodóvar (2011, 2h01)

SAGA MUSASHI MIYAMOTO : CRITIQUE des 6 films

PARADIS PERDU, d’Abel Gance: CRITIQUE

OPENING NIGHT, de John Cassavettes : CRITIQUE

Une Femme Dangereuse, avec Ida Lupino: CRITIQUE

Chroniqués par Georgeslechameau

La traversée de Paris

Chroniqué par Louis

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