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Crédits : Artificial Humors

AMELIA’S CHILDREN, terrible conte sur le plus grand des tabous – Critique

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Aussi terrifiant que dérangeant, AMELIA’S CHILDREN s’inscrit dans cette vague de films d’horreurs européens axés sur la thématique de la jeunesse éternelle. Toutefois, il tire son épingle du jeu grâce à un traitement en tout point dérangeant et à une esthétique héritée des films érotico-fantastiques des années 70.

Encore une sorcière

Prix du jury à Gérardmer en 2024, le film portugais AMELIA’S CHILDREN passe quasiment inaperçu à sa sortie dans les salles obscures en ce début d’année. Pourtant, le genre lusophone en a presque autant sous le capot que ses homologues ibériques – en témoigne le sublime Medusa, pamphlet féministe brésilien paru en 2022. Depuis quelques années, la branche hispano-lusophone du cinéma d’horreur semble effectivement obsédée par le féminin et, plus particulièrement, par l’injonction de la jeunesse imposée aux femmes. Un thème, certes ancien, qui a souvent émaillé l’érotisme fantastique des années 70, des Vampyres de José Ramón Larraz aux Expériences érotiques de Frankenstein de Jess Franco.

Toutefois, loin de paraître éculée, cette thématique trouve une résonance dans l’ère actuelle du paraître et des réseaux sociaux. Là où les films espagnols et portugais érotico-fantastiques des années 70 cherchaient davantage un prétexte pour exposer des corps jeunes et fermes, la vague d’œuvres horrifiques actuelle se concentre davantage sur la figure de la vieille sorcière. Celle qui court après une jeunesse perdue et qui entache la pureté des jeunes âmes pour parvenir à ses fins. Étrangement, dans La Abuela de Paco Plaza (2021) et, d’une certaine façon, dans Viejos de Raúl Cerezo et Fernando González Gómez (2022), ces figures qui ambitionnent d’annihiler la jeunesse triomphent même dans leur macabre dessein.

On n’épouse jamais ses parents

On en vient à s’interroger sur ces œuvres et sur ce qu’elles cherchent à exprimer à travers l’opposition entre jeunesse insouciante et vieillesse avide. Peut-être ne dénoncent-elles pas uniquement le paradigme du jeunisme. Il serait, en effet, plus judicieux de penser qu’elles tendent un miroir à la génération du selfie et de la course à l’attention. Un postulat peut-être un peu facile, mais à bien y réfléchir, somme toute logique. Car, pour les antagonistes ridés de ces récits, retrouver sa beauté d’antan et sa contenance physique consiste à renouer avec l’existence même. Un projet cruellement compréhensible pour la jeunesse des réseaux sociaux, même s’il défie tout sens moral et dénie l’ordre naturel des choses.

Toutefois, la reconquête d’une jeunesse passée reste un non-sens anti-naturel. Et pour exprimer cette anomalie, le genre actuel concentre l’horreur sur la cellule familiale, avec des situations intolérables pour tout humain normalement constitué. Ainsi, les sorcières de Venus de Jaume Balagueró s’en prennent à une enfant pure et innocente, la grand-mère aimante de La Abuela de Paco Plaza torture sa petite fille chérie et la mère de AMELIA’S CHILDREN de Gabriel Abrantes couche avec ses propres enfants. Le plus grand des tabous, l’horreur la plus intolérable et une métaphore évidente du caractère morbide de vouloir revivre sa jeunesse à tout prix. À ce titre, le film de Gabriel Abrantes compte parmi les plus dérangeants de toute cette vague.

D’une magnifique étrangeté

Dérangeant, dans la mesure où il ménage habilement ses effets. Tout au long du film, on perçoit “quelque chose”. Un monstre, une chose horrible et terrifiante, terrée dans un coin de l’image. Quelque chose d’affreusement angoissant qui assaille le personnage principal – un fils kidnappé à la naissance, sur le point de retrouver sa mère biologique. Le malaise généré connecte à merveille avec l’inceste à venir. Un acte d’autant plus répugnant que la sorcière d’AMELIA’S CHILDREN, une femme âgée adepte du bistouri, paraît monstrueuse en raison de ses traits marqués, aussi ridés que déformés par la chirurgie. Des traits qui n’ont désormais plus rien d’humain. Le lot des personnes qui tentent désespérément de lutter contre l’inéluctable poids des années.

Terrifiant, AMELIA’S CHILDREN l’est autant par son sujet que par son traitement. Malgré les plans larges sur les différentes pièces de l’immense manoir familial, les personnages évoluent dans un huis clos oppressant, renforcé par l’étrangeté de la mère et du frère retrouvés. Trop chaleureux et pas assez, à la fois inquiétants et rassurants, ils contribuent à creuser un peu plus le malaise qui émane de ce tableau mystique, aux couleurs étonnamment chatoyantes pour un film d’horreur. Couleurs qui se concentrent d’ailleurs sur la dualité entre le bleu, synonyme de protection et d’harmonie, et le rouge, tonalité du danger par excellence, mais aussi de la sexualité et de la force vitale. AMELIA’S CHILDREN se distingue ainsi comme un film d’horreur européen à l’esthétique léchée, digne héritier de l’ambiance gothico-ésotérique des œuvres érotiques et fantastiques des années 70.

Lilyy Nelson

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