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Crédits : Netflix

ATHENA, ombre et lumière – Critique

Suite à une bavure policière, une banlieue s’embrase et devient le chef-lieu d’une guerre civile. Un postulat classique véritable prétexte de cinéma, malheureusement rattrapé par les ressorts d’un récit grotesque.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que ATHENA ait pris le statut de brûlot polémiste, avec comme point d’orgue un débat stérile : la banlieue peut-elle cristalliser les enjeux d’une tragédie romanesque ? Cette tension confronte ceux qui voudraient voir le film de Romain Gavras comme un pamphlet politique raté et ceux qui, au contraire, se focalisent sur le geste de cinéma d’un metteur en scène ambitieux. Malheureusement, entre ces deux bords, ATHENA tergiverse sans jamais réellement prendre position. Pire, son ambivalence et sa volonté de cocher toutes les cases nuisent au récit, et de l’incendie promis ne restent que quelques braises, parfois stimulantes.

Photo du film ATHENA
Crédits : Netflix

Au départ, une tension électrisante, distillée méticuleusement. D’une racine désormais familière (le meurtre d’un adolescent par un policier) poussent de magnifiques plans-séquences où l’action se sublime. Gavras n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il filme avec candeur les pions d’un échiquier dont il connaît tous les recoins. Durant une bonne heure, ATHENA dévoile son meilleur visage, un récit hybride où le cadre de la banlieue devient le réceptacle d’un cinéma d’action pure, volontairement régressive. L’évasion d’un commissariat ou l’arrivée nocturne d’une armée de CRS traduisent les velléités jouissives d’un maître dans l’art du clip. Le puzzle de séquences comme condensé d’adrénaline fait l’essence même d’une œuvre inclassable et intense, aussi sauvage que virtuose.

Dès lors, il serait hypocrite d’être surpris quant au traitement minimaliste des personnages. Dealer, vengeur, policier : inutile de caractériser davantage un triangle fraternel déjà bien connu tant le récit s’engage corps et âme dans une politique de mise en scène purement ludique. Le plaisir récréatif finit par s’oublier dans des méandres inutiles quand il s’agit de conclure les arcs. Il aurait fallu que ATHENA ne dure qu’une heure et renonce à de grotesques prolongations où terrorisme, fascisme et violence exacerbée s’entremêlent vainement.

Photo du film ATHENA
Crédits : Netflix

Reste en effet cette tonalité inutilement sérieuse et somme toute indigeste. Là où Le Monde est à toi assumait un équilibre doux-amer entre des rouages purement fictionnels et un cadre quasi-naturaliste, ATHENA, sous couvert de son statut de tragédie contemporaine, prétend ouvertement esquisser l’avenir dystopique auquel semblent vouer les banlieues. De la bande sonore baroque à souhait jusqu’à la conclusion absurde de l’apologue politique, tout sonne faux lorsque Gavras s’aventure vers la chronique d’époque. Quitte à sombrer, le film ne fait pas dans la demi-mesure, entre le twist lunaire concernant un personnage secondaire revenu de Syrie et l’incompréhensible volte-face d’un des frères. Dans The Raid, Gareth Evans s’accaparait une tour et ses habitants pour se faire l’aède du « pencak silat », forme de combat proche du Kung-fu méconnu du public occidental. Gavras aurait sûrement dû en faire de même : penser ce cadre purement dystopique comme un réservoir d’idées picturales.

En gonflant ses ambitions, ATHENA ne fait que creuser jusqu’à rendre béantes les cruelles carences de son récit. Si la banlieue devient progressivement un décor de cinéma, pourquoi ne pas y tenter un véritable film de genre ? Dans l’un des premiers teasers, Karim fixe le lointain, devant son armée prête au combat. Au détriment du classicisme imposé par la fable politisée, on aurait peut-être préféré voir se dresser une armée de zombies, attaquant la Cité. Sous-jacente, la portée moralisatrice n’aurait pas engendré des polémiques vaines et puériles, tout en laissant aux personnages le droit d’explorer leur part de noirceur, leur vivacité, cette fraîcheur qui annihilerait toute cette portée sociale ici foncièrement inutile, si ce n’est dans sa propension à attiser les foudres de l’extrême droite. Si tu nous entends, Romain…

Emeric

Note des lecteurs26 Notes
Titre original : Athena
Réalisation : Romain Gavras
Scénario : Ladj Ly, Elias Belkeddar
Acteurs principaux : Dali Benssalah, Sami Slimane, Anthony Bajon, Ouassini Embarek
Date de sortie : 23 septembre 2022
Durée : 1h37min
2.5
Maladroit

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BONAL
BONAL
Invité.e
26 octobre 2022 12 h 52 min

La derniere scene détruit le talent des acteurs et renvoit ce film à un clip de propagande politique.

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