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Crédits : Pathé Distribution

REVOIR PARIS, l’élan de vie après le chaos – Critique

Dans son dernier long métrage REVOIR PARIS, la réalisatrice Alice Winocour plonge brillamment le spectateur dans l’effroi d’un attentat et de la reconstruction des victimes. Avec les formidables Virginie Efira et Benoît Magimel.

Avec REVOIR PARIS, la réalisatrice Alice Winocour poursuit son travail sur le stress post traumatique commencé dans Augustine et Maryland. L’idée du film lui est venue après que son frère ait vécu les attentats du Bataclan, le 13 novembre 2015, en lien SMS avec sa sœur depuis sa cachette. Des attentats qui restent assurément bloqués dans la mémoire collective, réactivés par les récents procès des accusés. Pour autant, la réalisatrice rencontrée lors de la présentation de son film à Pessac, dit « ne pas avoir fait un film sur les attentats, mais sur les traces que laisse un évènement traumatique ».

Photo du film REVOIR PARIS
Crédits : Pathé Distribution

Le spectateur ne quitte pas d’une semelle Mia (Virginie Efira, dans une interprétation magistrale) juste avant que se produise l’effroyable. La tension est palpable car le spectateur pressent avant l’héroïne qu’il va se passer quelque chose de grave, dont elle peinera à se remettre. Un chaos qui bousculera sa vie au plus haut point, remettra en question ses socles, ses certitudes et l’essence même de sa vie.

La réalisatrice parvient si bien à susciter l’empathie envers Mia, que le spectateur devient Mia. Rien ne lui est épargné de cette épreuve glaçante : le bruit, les regards, la panique, les cris, même l’impression de sentir l’odeur âcre du sang. Et puis le silence de mort. C’est aussi pour cette mise en scène organique qu’il est précisé en avertissement de REVOIR PARIS que « des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs ».

La mémoire est cinégénique.

Ceux qui s’attendent à voir à l’écran une reconstitution de cette nuit tragique en seront pour leurs frais et devront plutôt attendre la sortie de Novembre de Cédric Jimenez. Car si REVOIR PARIS met en évidence des faits concernant ces attentats, notamment à propos de victimes sans papiers non répertoriées, la réalisatrice a fait le pari assumé d’aborder un sujet qui a un lien très fort avec des évènements réels mais dans un monde parallèle qui traite de la réalité. C’est « son frère qui lui a fait comprendre qu’on ne pouvait pas raconter cette histoire de l’ordre de l’irreprésentable sous un aspect naturaliste, mais qu’il fallait aller vers le fantastique et l’onirisme ».

Et de fait, les brasseries de REVOIR PARIS ne portent pas les noms de celles réellement ciblées par les terroristes et les héros ne sont pas des personnes qui ont existé. Mais pour construire son récit, Alice Winocour s’est évidemment inspirée de faits réels, de témoignages, de multiples recherches et d’échanges avec des psychiatres.

REVOIR PARIS est une ode magnifique à l’élan de vie de celles et ceux qui ont frôlé la mort et la fragilité de la vie ressentie dans leur chair.

Passée cette mise au point dans l’œil du spectateur, REVOIR PARIS est réussi à plus d’un titre. Et comme souvent dans les films d’Alice Winocour, le film est subtilement construit sur plusieurs niveaux de lecture. D’abord, le film traite avec pudeur, non seulement des blessures physiques de Mia, mais surtout des blessures invisibles de la mémoire traumatique. Faisant face à l’incompréhension de son conjoint Vincent (Grégoire Colin) et de ses proches, on suit avec intérêt Mia dans l’enquête qu’elle mène. Car pour avancer, il lui faut à tout prix se souvenir de ce qu’il lui est arrivé avec précision cette nuit-là.

Petit à petit, elle rassemble les pièces de son puzzle et les rencontres qu’elle fait au sein d’une association de victimes dirigée par Sara (Maya Sansa) sont passionnantes. Les récits, parfois en voix off, de chaque personnage rencontré amènent une parcelle glaçante de la vérité de chacun, dans laquelle Mia ne se reconnaîtra pas forcément. Ceux de Thomas (Benoît Magimel), Félicia (Nastya Golubeva Carax) ou encore Assane (Amadou Mbow) permettent de mieux saisir à quel point un évènement traumatique « exalte les liens entre les gens, la fraternité, le fait d’être ensemble ». Grâce au procédé des flashbacks, la mémoire récurrente involontaire de Mia remonte à la surface.

Photo du film REVOIR PARIS
Crédits : Pathé Distribution

L’autre réussite de REVOIR PARIS, c’est précisément la mise en scène onirique et l’utilisation intelligente par la réalisatrice de ce tout ce que permet le cinéma pour aborder le thème de la mémoire, en tant que « langage qui permet d’exprimer des sensations pour lesquelles les mots n’existent pas ». Fantastique et réalité se superposent habilement à l’écran, comme dans le cerveau de Mia.

Enfin, la réalisatrice renverse très bien les stéréotypes habituels du male gaze en offrant le beau portrait d’une femme forte, à l’instar des héroïnes Sarah de Proxima, Jessie de Maryland ou Augustine. De même, elle n’hésite pas à donner à voir des personnages masculins qui montrent leur vulnérabilité, trouvant « émouvant les acteurs qui ont avec leurs corps massifs imposants une virilité animale mais aussi une fragilité, comme Vincent Lindon dans Augustine ou Matthias Schoenaerts dans Maryland ». Magnifique ode à « l’élan de vie de celles et ceux qui ont frôlé la mort et la fragilité de la vie ressentie dans leur chair », REVOIR PARIS se révèle donc un film qui prend aux tripes, bouscule, dérange, émeut et dont on ne ressort pas indemne.

Sylvie-Noëlle

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Titre original : Revoir Paris
Réalisation : Alice Winocour
Scénario : Alice Winocour, Jean-Stéphane Bron
Acteurs principaux : Virginie Efira, Benoît Magimel, Grégoire Colin
Date de sortie : 7 septembre 2022
Durée : 1h45 min
4.5
Glaçant
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Une critique détestant les clichés et l'empathie forcée mais qui sera comblée si le film lui procure surprises, émotions et réflexions.

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