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Crédits : Tandem Films

VERMINES, sublimes araignées – Critique

En Seine-et-Marne, un immeuble se retrouve infesté d’araignées mortelles prenant au piège ses habitants : voici le prétexte d’un film de genre ambitieux et réussi, même quand il bascule vers l’apologue politique.

Difficile d’éviter les clichés quand le cinéma traite du climat social en France. Surtout quand il s’agit de filmer la banlieue parisienne. Véritable cas d’école, Athena se prenait les pieds dans le tapis il y a plus d’un an, en cochant toutes les cases de la surenchère. Le manichéisme primaire
tournait au grotesque dans un épilogue au mieux stupide, au pire oubliable. On regrettait à l’époque que les antagonistes, des CRS bruyants, ne prennent pas la forme de zombies. Les tours et leurs labyrinthes auraient pu devenir un véritable motif de cinéma, faisant oublier l’ambiguïté liée à la naïveté du récit.

Il suffit d’une séquence dans VERMINES pour apprécier toute l’ingéniosité de Sébastien Vaniček, dont c’est le premier film. Caleb, le personnage principal, descend dans une cave et peste contre une lampe qui n’a jamais été réparée. Le jeune héros déambule dans des ruines désincarnées sous un ciel gris, laissé à l’abandon. Ce décor choisi subtilement, ce sont les arènes de Picasso à Noisy-le-Grand, théâtre de l’horreur une heure et demie durant. Le paysage urbain s’ancre dans une sorte d’avenir dystopique où les résidents auraient été oubliés de tous. Cette introspection dans un cadre morbide aurait pu tourner aux abus narcissiques, comme chez Gavras. Il n’en est rien. Loin de restreindre son récit à l’apologue social, Vaniček entreprend de l’inscrire dans une autre perspective : un véritable film d’horreur expressionniste.

C’est par la magie du montage que sera donnée à voir le basculement vers l’épouvante. Lorsqu’on assiste au dernier souffle d’une concierge bien trop imprudente, un cut nous amène vers un robinet bouché. Les symboles se démultiplient et participent à la transition progressive vers la terreur qui s’empare de l’immeuble. Constamment inventive et élégante, la mise en scène détonne et apporte un sang nouveau au film de genre, sans surenchère, en distillant jump scare et rebondissements avec parcimonie. Les travellings dans les couloirs soulignent cette vivacité ludique, à la redoutable efficacité.

La lumière, mentionnée précédemment, est aussi un leitmotiv qui accompagne le groupe d’ados dans un survival de plus en plus anxiogène. La preuve la plus évidente reste cette extraordinaire séquence de traversée d’un couloir, rythmée par l’interrupteur minuté. La conclusion manque peut être de lisibilité mais la tension est telle qu’on ne peut que s’incliner devant cette poursuite magnifiquement inventive. Et si la question du véritable antagoniste se posait, c’est Mathys, personnage secondaire à la répartie tranchante, qui donne lui-même la réponse lors d’un épilogue explosif, conclusion grandiose d’une plongée anxiogène dans un labyrinthe horrifique.

VERMINES est donc le récit d’une banlieue malade, mais malade car délaissée. Et cet abandon, le film le traduit sans basculer dans la fable critique. Imprégné de cette atmosphère irrespirable, on sort secoué de cette quête de survie. Le film de banlieue, devenu grande affaire du cinéma français, trouve dans ces vermines l’une de ses expressions les plus saisissantes. Laurent Vachaud, qu’on apprécie du reste par ici, a critiqué la bêtise des personnages. Il n’a sûrement pas mis les pieds dans un collège de banlieue depuis bien longtemps. En effet, la retranscription d’un langage typiquement contemporain participe à ce réalisme des plus convaincants. Chacun des choix faits répond à une logique persuasive et on excuse bien volontiers cette histoire d’amitié un peu trop rocambolesque. On en redemande !

Emeric LAVOINE

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