Universal veut aussi sa part du gâteau en créant, à l’image des MCU, DCU et autres SWU, son propre univers étendu… Mais est-ce vraiment possible avec un si quelconque “épisode pilote ?”

En soi, un blockbuster du genre de LA MOMIE ne serait pas si franchement dérangeant (on repense à celui de Stephen Sommers), s’il ne s’agissait pas d’amorcer une série de films cherchant à remettre au goût du jour quelques personnages plutôt sombres – la créature de Frankenstein, l’Homme Invisible ou, cette Momie -, issus de l’inconscient collectif ainsi que du catalogue Universal. Mais, si l’on compare les différents univers étendus actuels, leur point commun et garantie de leur succès (public à défaut d’être toujours critique) reste la vision d’auteur qui les anime. Qu’il s’agisse de celle d’un producteur omniscient (Kevin Feige et son MCU), où celle, polémique, de Zack Snyder sur Man of Steel ou BatmanVSuperman. Idem dans le genre ultra-cross-media, les auras des créateurs George Lucas et J.K. Rowling continuant à donner vie aux tentaculaires œuvres estampillées Star Wars, ou Harry Potter.

Mais ici, avec ce Dark Universe, la seule chose qui renvoie à une vision long terme, c’est cette photo. Et il n’y a rien dans LA MOMIE qui ressemble de près ou de loin à une ambition artistique ou créative, ni même à une plus-value scénaristique. Il faudra attendre d’en voir un peu plus avant de condamner la franchise, mais disons-le net: c’est mal parti.

Photo du film LA MOMIE

Tout au plus, en termes d’originalité, cette momie 2017 est une femme et possède 4 iris… Tout le reste n’est qu’archétypes, de personnages et de récit, avec donc un antihéros devenant un gentil héros en recevant le pouvoir de combattre une menace, et un antagoniste qui veut juste dominer le monde. Les scènes d’actions ne cherchent jamais l’extraordinaire ou le jusqu’au bout-isme, nous proposant juste des fusillades lambdas, des corps à corps lambdas, et des courses poursuites lambdas; même la fameuse scène du crash d’avion exhale cette odeur de déjà-vu, notamment dans Uncharted 3, Fast & Furious, James Bond, Ninja Turtles 2 ou encore World War Z. Pas d’exotisme non plus dans ce “film d’aventures”, LA MOMIE semblant avoir été tourné soit en studio avec décors en carton-pâte, ou soit en “extérieurs numériques”, et avec qui plus est une majorité de ces scènes sombres ou nocturnes si désagréables à regarder. L’humour aurait pu, comme d’ailleurs dans l’opus de Stephen Sommers, prendre une place conséquente au cœur du film mais il tombe ici complètement à plat, malgré l’insistance d’un Tom Cruise à placer une “blague” dans une réplique sur cinq. D’ailleurs parlant de Tom Cruise, comme d’habitude avec ses blockbusters, le film gravite clairement autour de lui… Sauf qu’habituellement, son énergie est cadrée par celle d’un metteur en scène talentueux ( Spielberg, De Palma, Christopher McQuarrie, etc.) ou au moins  contrebalancée par un script jouant intelligemment de son aura (Edge of Tomorrow). Ce n’est pas le cas dans LA MOMIE, le réalisateur Alex Kurtzmann se contentant de placer un Tom Cruise en roue libre au cœur de presque chaque scène, avec pour résultante de phagocyter tout le potentiel du film. La mythologie égyptienne que LA MOMIE essaye de (re)construire par exemple, et dans une moindre mesure, les autres personnages.

Photo du film LA MOMIE

On sait que vous avez/aurez déjà oublié qui sont ces personnages transparents alors voilà: elle c’est Jenny, elle est interprétée par Annabelle Wallis, l’autre gars a coté du Tom Cruise c’est Chris, interprété par Jake Johnson

Ainsi, la meuf là*, celle qu’on oublie instantanément une fois le film terminé, bah elle ne sert à rien sinon à subir les vannes sexistes proférées par un Tom Cruise hors-sujet. L’autre sidekick s’illustre par des blagues prout-prout de mauvais gout avant de devenir une sorte de zombie fantasmé, totalement inutile. On aurait pu penser que Russell Crowe et son charisme remonteraient le niveau mais son docteur Jekill est transparent tandis que son Mister Hyde est un peu trop gonflé aux hormones numériques pour être autre chose qu’un méchant générique. Enfin, la fameuse antagoniste, La Momie, ne fait pas grand chose de plus que marmonner, provoquer des jump-scares, et finir par subir la justice du héros. Pour point de comparaison, la momie de 1932 (Boris Karloff), son charisme envoûtant et son intelligence manipulatrice étaient les véritables stars du film, faisant de lui un antagoniste mortel et dangereux, l’indicateur de dramaturgie du récit, et notre porte d’entrée dans une mythologie égyptienne riche et passionnante. On aurait pu espérer quelque chose dans le genre avec LA MOMIE version 2017, surtout en introduction d’un univers dédié à de mythiques figures maudites.

En fait le film n’est même pas mauvais, il est juste lambda au possible. Quelconque. On ne s’y ennuie pas vraiment mais on ne s’intéresse à rien non plus. On n’y voit rien de surprenant mais ce que l’on voit est exécuté de façon correcte. Tom Cruise est partout, tout le temps, il court, il “plaisante”, il sauve le monde, et tout ça sans une once d’investissement. LA MOMIE n’amorce ni ne rend hommage à rien, et s’illustre de plus par sa non-prise de risques. Hors: en quoi un film si peu intéressant donnerait-il envie d’en savoir plus sur un éventuel univers étendu ? Le box office du film devrait nous apporter un premier élément de réponse.

Georgeslechameau

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[CRITIQUE] LA MOMIE
Titre original : The Mummy
Réalisation : Alex Kurtzman
Scénario : David Koepp, Alex Kurtzman, Christopher McQuarrie, Dylan Kussman, Jenny Lumet, Jon Spaihts
Acteurs principaux : Tom Cruise, Sofia Boutella, Annabelle Wallis, Russell Crowe
Date de sortie : 14 juin 2017
Durée : 1h51min
2.0Quelconque
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