Crédits : Neopa / Fictive

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES, Hamaguchi séduit toujours autant – Critique

Plongée dans le Japon contemporain à travers trois histoires articulées autour du hasard de l’existence.

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES est le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi.
Hasard du calendrier victime de la crise sanitaire, il sort en France moins d’un an après son dernier film, Drive my car, qui l’a fait connaître du plus grand public et des passionnés de cinéma. Notamment à travers ses multiples nominations et récompenses à Cannes, aux Oscars, aux BAFTA, mais également son entrée dans la collection de Criterion et sa 4ème place dans le top 2021 des Cahiers du cinéma.
Même si la filmographie de Ryusuke Hamaguchi ne débute pas avec Drive my car, c’est aujourd’hui son film le plus populaire si l’on se fie au nombre de notes sur les sites spécialisés dans le cinéma. Pour le réalisateur japonais, l’enjeu est donc grand autour de CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES, qui pourrait être le film permettant de confirmer son succès auprès d’un plus large public.

Un format particulier

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES est un long métrage de 2h01, composé de trois histoires distinctes d’environ quarante minutes chacune. L’inconvénient de ce format est que cela peut créer des propositions inégales au niveau du rythme ou de la narration, comme on a pu le voir récemment dans The French Dispatch de Wes Anderson. Ce format permet toutefois de s’amuser à donner en fin de séance l’ordre des parties que l’on a préféré et de les mettre en opposition les unes avec les autres. Entre ces trois histoires, on retrouve des thèmes similaires : le hasard des liens sociaux, le désir sexuel, le sensuel, les non-dits et les quiproquos.

Crédits : Neopa / Fictive

La maitrise du dialogue

Hamaguchi va construire son film autour de sa plus grande force, les dialogues. Que ce soit dans leur justesse ou leur réalisme, il semble maîtriser à la perfection cet art, comme nous le montre la séquence de discussion dans le taxi entre Tsugumi (Hyunri) et Meiko (Kotone Furukawa) dans la première partie.
Cette séquence de quasiment dix minutes fait appel à l’imaginaire du spectateur, qui, habilement, conduit par le dialogue, va imaginer le rendez-vous amoureux décrit par Tsugumi.
Le film utilise à merveille le dialogue comme un élément de narration directement ancré dans le film pour évoquer le passé et les histoires des personnages. Chaque spectateur aura le plaisir de créer sa version mentale des évènements.
Toutefois, la qualité de ces dialogues ne serait pas si puissante sans la superbe interprétation que nous propose l’ensemble des acteurs, avec une mention spéciale pour Kotone Furukawa, jeune actrice de vingt-cinq ans.

Ryusuke Hamaguchi et Éric Rohmer

La comparaison ayant été souvent faite, on ne peut s’empêcher de penser à Éric Rohmer, et à raison, puisqu’Hamaguchi dit lui-même : « Les films d’Eric Rohmer m’ont appris comment filmer une conversation », dans un entretien pour La Libre.
Que ce soit dans l’importance du réalisme et l’authenticité donnée aux dialogues, mais également à travers la dimension poétique et l’évocation subtile des désirs sexuels, beaucoup d’aspects de ce film et du cinéma d’Hamaguchi nous ramènent à l’œuvre de Rohmer.
Dans un entretien pour Caméo-Nancy, le réalisateur japonais évoque le fait qu’il ne fait pas le découpage avant le tournage et qu’il laisse une grande liberté aux acteurs dans leurs mouvements, cela contribue certainement en partie au sentiment de réalisme et de justesse qui plane sur le film.

Crédits : Neopa / Fictive

Filmer le beau

Comme dans la plupart de ses films, Hamaguchi filme un Japon relativement aisé. Ce qui facilite la mise en place d’un univers visuellement pure et parfaitement beau, que ce soit au niveau des décors ou dans les tenues vestimentaires. Mais cela influe également sur le film en lui-même puisqu’il s’axe autour d’enjeux et de problèmes que l’on pourrait souvent qualifier de bourgeois.
Il serait intéressant de voir Hamaguchi filmer des milieux sociaux moins privilégiés, dépeindre un autre visage du Japon et ainsi soulever des enjeux sociaux plus lourds, comme l’ont très bien fait Kenji Mizoguchi dans La Rue de la honte (1956) ou Akira Kurosawa avec Barberousse (1965).

CONTES DU HASARD ET AUTRES FANTAISIES est une superbe proposition de Ryusuke Hamaguchi, qui confirme ses qualités de réalisateur et tout particulièrement son immense talent pour le dialogue et le réalisme. Le film permet de mettre une nouvelle fois sur le devant de la scène internationale toute la beauté du cinéma d’auteur japonais.

Hugues Porquier

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Titre original : Guzen to sozo
Réalisation : Ryūsuke Hamaguchi
Scénario : Ryūsuke Hamaguchi
Acteurs principaux : Kotone Furukawa, Ayumu Nakajima, Hyunri
Date de sortie : 6 avril 2022
Durée : 2h01min
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