OSS 117 – ALERTE ROUGE EN AFRIQUE NOIRE, on passe notre tour – Critique

Si Jean Dujardin excelle à nouveau dans ce troisième opus, n’en reste pas moins une aventure qui manque de rythme et de saveur.

Inutile de le présenter : OSS 117 fait partie de ces personnages cultes, ancrés dans les mœurs. Outre ses répliques entonnées à toutes les sauces depuis près de 15 ans, c’est aussi pour l’originalité de ses aventures que l’espion a acquis cette notoriété, au même titre qu’un Jean-Claude Dusse ou qu’un Jacquouille la Fripouille. C’est peu dire qu’on se réjouissait du retour de l’agent secret, envoyé cette fois-ci en Afrique alors que la France s’apprête à vivre l’élection de François Mitterrand. Passée la joie des retrouvailles, difficile de se satisfaire d’un troisième opus paresseux, avare dans sa propension à perpétuer la légende.

Le prologue est explosif : Hubert y fuit non sans mal l’armée russe en Afghanistan et s’envole vers la France, accompagné d’un générique solaire, hommage à James Bond. Jamais OSS 117 n’avait pris part à une telle fusillade et l’analogie avec 007 est flagrante. Au détriment de l’absurde, Nicolas Bedos privilégie l’action et on ne peut que lui donner raison tant il semble patauger lorsqu’il s’agit d’insuffler une âme à son récit. Au terme de ces deux heures, il semble impossible de citer une situation ou un dialogue marquant, là où les deux précédents opus s’accaparaient avec succès ce rythme très épisodique. Il n’y a que très peu de rebondissements réjouissants, alors que les péripéties égyptiennes et brésiliennes regorgeaient. Dépassé par l’ampleur de son propos, Bedos n’arrive jamais à la cheville de ses prédécesseurs en considérant le mythe qui entoure son personnage comme une pseudo-nécessité qu’il néglige.

On est en droit de questionner les écueils dans lesquels le récit s’engouffre inutilement, à commencer par les flux narratifs liés à Pierre Niney. Loin de vouloir blâmer l’acteur, son personnage n’est qu’un entonnoir qui absorbe tout le potentiel comique du film. Quel intérêt de l’entendre lister les défauts d’Hubert ? Si Hazanavicius se faisait l’éloquent défenseur d’une double-énonciation implicitement ironique, Bedos néglige les appétences de son spectateur en optant pour des tournures inutilement didactiques et passe son temps à justifier les remarques politiquement incorrects distillés tout au long du récit. Jamais vraiment drôles, ses idées sont dénuées d’un quelconque intérêt et traduisent un manque d’inventivité latent. La course-poursuite de l’hôpital dans le second opus trouve un écho navrant lors d’une séquence où Hubert n’arrive simplement pas à suivre son nouvel acolyte, épuisé. Support d’une tonalité savoureuse dans les deux premiers films, la séduction et le rapport à la femme sont négligés, prétextes d’une confrontation intergénérationnelle déjà vue et revue. Mettre l’ego de l’agent secret à rude épreuve aurait pu donner de belles lettres de noblesse à la parodie, genre maltraité par la comédie française ces derniers temps. Il n’en est rien ici.

On aurait aimé voir le film se conclure par l’élection de Mitterrand. L’épilogue détonne et intervient au moment où le film semblait enfin commencer. On regrette de ne pas voir Hubert s’envoler vers la Russie et traiter avec les communistes tant les péripéties africaines ne lui ont pas réussi. N’en reste pas moins un Jean Dujardin qui excelle toujours lorsqu’il s’agit de prêter ses traits à l’espion. On sourit notamment lorsqu’il énumère ses différentes conquêtes, nostalgie d’un passé glorieux (qu’on regrette aussi). Trop sage et maladroite, cette aventure n’avait pas lieu d’être et aurait mérité un sacré coup de polish.

Emeric

Note des lecteurs4 Notes
Titre original : OSS 117 – Alerte rouge en Afrique noire
Réalisation : Nicolas Bedos
Scénario : Jean-François Halin
Acteurs principaux : Jean Dujardin, Pierre Niney, Natacha Lindinger, Fatou N'Diaye
Date de sortie : 4 août 2021
Durée : 1h55min
1.5
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Bernard Courteau
Bernard Courteau
Invité.e
6 septembre 2021 2 h 28 min

Il n’en reste pas moins qu’à mon avis, ces Bons baisers d’Afrique nous présentent une réflexion socio-politique beaucoup plus profonde et incisive que celle des OSS 117 précédents.

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